
« Vous avez un beau jardin ». C’est ce que les gens qui longent mon petit jardin, celui qui est accolé à ma maison, me disent en passant sur la petite route contiguë. Et ça me fait très plaisir. Car ce petit jardin comestible m’est précieux et me prend beaucoup de temps. C’est sans doute peu signifiant pour vous qui me connaissez peu. Pourtant il y a vingt ans (bientôt), j’écrivais déjà des chroniques littéraires que je relis en ce moment car je fais du nettoyage avant cet important anniversaire. J’affirmais haut et fort alors mon état de citadine et mon total désintérêt de la nature : je ne concevais la salade qu’Iceberg et en sachet…
Aujourd’hui, je mange ce que je fais pousser en légumes et bientôt en fruits. Une très grande partie de mon temps est consacrée à sarcler, amender, semer, bouturer…etc. Je ne conçois plus de manger des plats préparés ni d’acheter des fruits et des légumes dans un supermarché, encore moins en sachet. Que s’est-il passé ? Comme Simon Hureau, j’ai mis les mains dans la terre.
Ancien citadin, Simon Hureau s’est installé à la campagne dans une maison avec jardin. Il a retroussé ses manches pour faire de son petit bout de terrain un peu moche une oasis. C’est sale et fatigant, mais très gratifiant. Il raconte les aménagements et surtout l’émerveillement que lui procure la biodiversité qui rapidement s’installe. Il devient observateur et très à l’écoute des vies qui peuplent son bout de terre. Les animaux sautent, ils volent, ils rampent, ils courent : c’est un théâtre permanent. Certains sont indésirables comme les chats qui bouffent les oiseaux. Mais que faire à part hurler sur ces charmantes bêtes qui s’en fichent bien…
Simon Hureau est contre tous les produits en -cide qui tuent radicalement les indésirables et la nature qui va avec. Mais on a tous nos exceptions. Lui, c’est la pyrale du buis. Il aime son buis et le traite donc pour qu’il ne meurt pas sous l’appétit de ce papillon et de ses chenilles. Il fustige par contre ceux qui empoisonnent les limaces… Chacun ses contradictions… moi je tue les limaces (à la nuit tombée, je les ramasse et les noie dans un bocal d’eau vinaigrée) parce qu’elles bouffent mes légumes à ma place et je trouve que le buis n’est pas indispensable puisqu’il ne se mange pas.
Il évoque aussi les autres manières de jardiner (aux produits chimiques), les erreurs involontaires (la nocivité des arbres à papillons, les plantations aléatoires), la nécessité d’un réseau d’amis (pour l’entraide, les échanges) et la joie que c’est d’apprendre la nature.
L’essentiel réside dans l’observation et donne lieu à des dessins très précis. Simon Hureau se fait volontiers entomologiste : il aime les insectes et les connaît bien. Moi pas du tout. Je n’aime pas les papillons, les petites bestioles qui volent me répugnent et jamais de ma vie je ne prendrai un hanneton ou un grillon dans ma main. Quant aux araignées eh bien… disons qu’elles n’ont pas droit de cité chez moi et mes méthodes sont radicales.
Cultiver un jardin au naturel, même d’agrément, transforme le regard qu’on porte sur la nature et donc sur le monde. C’est très gratifiant de faire pousser des végétaux, de participer à la vie et de s’aménager un coin de verdure sans endommager la biodiversité.
Simon Hureau laisse entendre dans sa première planche qu’il a écrit cet album pour encourager les gens à agir à leur échelle. Quand il a compris qu’à l’échelle de l’État rien ne se ferait car les intérêts économiques primeront toujours (démission de Nicolas Hulot). C’est ce que je crois aussi. Nous sommes tous responsables parce que nous sommes tous consommateurs. Si nous refusons d’acheter des légumes aux pesticides, il ne s’en vendra plus. C’est très simple et valable pour absolument tout. C’est à chacun de choisir et donc de fabriquer le monde dans lequel il veut vivre. Celui de Simon Hureau est plus sain et plus naturel que la plupart mais aussi plus fatigant et plus salissant. Et il nécessite qu’on lâche un peu nos écrans : c’est pas gagné…
L’Oasis : petite genèse d’un jardin biodivers
Simon Hureau
Dargaud, 2020
ISBN : 978-2-2205-08580-8 – 114 pages – 21,50 €
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