
Le narrateur de L’écologie en bas de chez moi, qui est sans doute pour partie l’auteur, Iegor Gran, lit une affichette collée dans le hall de son immeuble, au milieu d’autres petites annonces : il ne doit pas manquer la diffusion du film Home de Yann Arthus Bertrand ce soir sur France 2. Et là Iegor, il se sent agressé. Dans la rue passe encore mais qu’on vienne le harceler jusque dans sa cage d’escalier, c’est trop : marre des écolos !
Il prend alors sa plume la plus acérée pour se fendre d’un article dans Libération. Il dénonce la campagne publicitaire du film et la dictature verte qui va avec. L’hypocrisie également.
Rappelons que dans une vie antérieure, Yann Arthus Bertrand a été pendant dix ans photographe-reporter du Paris-Dakar. Étonnante conversion. Les voies du gazole sont impénétrables.
Iegor Gran devient aussitôt le climatosceptique de service, qu’on cache ou au contraire, qu’on expose pour prouver que oui, ça existe encore. Évidemment, il se fâche avec les gens, notamment son ami Vincent, un écolo bon teint de Levallois Perret qui ne veut de mal à personne, regarde Home et trie ses déchets, comme si ça allait sauver la planète.
Je n’ai pas vu ce film qui ne m’intéresse pas car je n’aime pas ce genre de spectacles lénifiants et consensuels. Comme ne m’intéressent pas les produits éco-responsables depuis que j’ai compris qu’ils font partie d’un business. C’est ce business et la religion du développement durable que dénonce avec cynisme L’écologie en bas de chez moi. Même Total prétend à la neutralité carbone… mais qui a inventé ce concept débile ? Qui a inventé le SUV électrique et les crédits carbone ? La bonne conscience écolo voisine avec la bêtise la plus élémentaire tandis que l’opportunisme entrepreneurial ne connaît aucun scrupule.
Le Routard a-t-il seulement réfléchi au fait que le tourisme durable est au mieux un oxymore involontaire, au pire un non-sens vicieux, digne d’Orwell et de son « la liberté c’est l’esclavage », puisque le tourisme le plus durable serait celui où l’on resterait à la maison sans salir les coins sauvages de la planète ni émettre de CO2 ?
Je pense franchement que moins on comprend le sens de l’écologie, plus on emmerde son voisin avec des broutilles et plus on s’affiche écolo. Il doit bien y avoir quelques écolos sincères parmi les donneurs de leçons, mais si peu. Parmi eux par exemple, combien sont végétariens ? Le végétarisme coche toutes les cases de l’écologie, plus celles de la santé, du budget nourriture et du bien-être animal. Mais il est trop difficile pour 95 % des gens de renoncer à un barbecue ou des rillettes. Par contre, faire la morale à celui qui ne trie pas ses déchets, pas de souci.
On rit donc jaune en lisant ce roman de Iegor Gran qui détricote bien des arguments écolos. Mais surtout souligne la bêtise ambiante, la bien-pensance environnementale et l’overdose de durable. Ses portraits des nouveaux convertis qui pensent transformer le monde en mangeant bio (alors qu’ils cherchent surtout à manger sain), sont réussis :
Il met un point d’honneur à faire son marché bio, le dimanche matin, boulevard Raspail. Il va chez Biocoop. Son café est équitable, enfin c’est ce qu’il croit. Son papier-toilette ressemble à un journal d’Europe de l’Est, il est gris et n’absorbe pas. (Mesdames, évitez les toilettes de Vincent !) Il aime à penser que, quand il se torche le derrière, aucun arbre n’est lésé dans l’affaire.
Par contre, il se plante aussi. Par exemple en disant que les gens font attention à leur consommation d’eau et d’électricité parce qu’elles sont chères : pas encore assez pour dissuader les blaireaux dont parlent Iegor Gran. Ceux qui selon lui, n’existent pas. Pourtant, « 5 000 pick-up étasuniens de type Dodge RAM ont été achetés en Europe en 2023 », soit une hausse de 20 % par rapport à 2022. Ce qui fait du blaireau une espèce en voie d’expansion.
Il est question d’écolo-psychose, à rapprocher sans doute de l’éco-anxiété. L’une et l’autre sont entretenues par les médias qui doivent bien parler de quelque chose quand il n’y a pas d’élections législatives anticipées et une vague d’extrême droite déferlant sur le pays. Si ces sujets vous inquiètent, faites comme moi : arrêtez les médias. Privilégiez le bon sens et l’observation personnelle.
Ou lisez Iegor Gran, champion de la note de bas de page réjouissante et conquérante !
L’écologie en bas de chez moi
Iegor Gran
P.O.L, 2011
ISBN : 978-2-8180-133-2 – 188 pages – 15,50 €
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