Le barman du Ritz de Philippe Collin

J’ai une appétence particulière pour les romans de guerre ainsi que pour les podcasts de Philippe Collin. J’ai notamment écouté tout Léon Blum et tout Pétain (10 épisodes d’une heure chacun) et j’ai ainsi beaucoup appris. Aucune raison donc de ne pas lire Le barman du Ritz et de placer la barre assez haut. Malheureusement, la déception n’en est que plus rude.

Philippe Collin écrit la biographie romancée de Frank Meier, le barman du Ritz durant la guerre. Il l’est déjà depuis vingt ans quand les Allemands s’installent à Paris et à l’hôtel de la place Vendôme. Pas question pour lui d’abandonner son poste. Il se met donc au service de ces messieurs les pus hauts gradés nazis.

On voit donc défiler avec lui tous ceux qui n’ont aucun scrupule à se faire des amis et des amants allemands : Arletty, Gabrielle Chanel, Jean Cocteau, Sacha Guitry, Jean Marais… La collaboration bat son plein. Et le lecteur s’ennuie.

Pour animer un peu ce défilé nauséabond, Philippe Collin a recours à la fiction : il imagine Meier amoureux caché de la femme du directeur, Blanche Auzello, morphinomane aux idées pas tout à fait raccord avec le nouveau régime ; et il lui adjoint un apprenti juif, Luciano, qu’il va devoir bien sûr sauver. Lui-même Meier est juif mais personne ne le sait, sauf Blanche. Ces deux éléments très convenus ne parviennent que péniblement à animer un roman qui ne brille pas non plus par sa narration. Tantôt un récit à la troisième personne, avec parfois le point de vue de Meier à la première personne en italique, parfois le faux journal intime de Meier.

Il y a peu de vie dans ces personnages et peu de tension dramatique malgré le contexte. Tout est à peu près prévu d’avance. La seule sortant du lot est Marie-Louise Ritz, vieille directrice qui ne pense qu’à sauver son hôtel et change de camp avec une réjouissance facilité.

Un détail historique me gêne. Meier marche dans les rues de Paris le 1er juillet 1940 et voit une boutique portant pancarte « Interdit aux Juifs ». Je ne pense pas que le 1er juillet, avant le régime de Vichy, des boutiques à Paris étaient ainsi ouvertement interdites aux Juifs. Les premières lois raciales datent de juillet 40, mais après le 10 juillet et les pleins pouvoirs à Pétain. J’ai donc fait des recherches, notamment dans L’Etat contre les Juifs de Laurent Joly et n’ai pas trouvé mention d’une telle ségrégation dès le 1er juillet. Si quelqu’un peut éclairer ma lanterne, je suis preneuse.

Je ressors donc déçue de ma lecture de ce roman sans chair et sans nerf, très convenu. Je vais lire Lutecia de Pierre Assouline que j’imagine beaucoup plus accompli à tout point de vue.

 

Le barman du Ritz

Philippe Collin
Albin Michel, 2024
ISBN : 9782226479938 – 416 pages – 21,90 €

 

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29 réponses à « Le barman du Ritz de Philippe Collin »

  1. keisha41
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