
Après de nombreuses chroniques élogieuses à propos des enquêtes du commissaire Brunetti, me voilà découvrant enfin cette série, par son deuxième tome en lecture audio (très bien lu par Renaud Bertin) alors qu’elle en compte 32 à ce jour.
Vous le savez sans doute, Guido Brunetti est Vénitien. Il vit et travaille à Venise, ville que je ne connais pas mais que j’ai arpentée pour l’occasion. Il n’est ni divorcé ni alcoolique, mais marié à Paola, universitaire et patiente, et père de deux adolescents. Nous sommes probablement au début des années 90, alors qu’il n’y a ni Internet, ni téléphone portable. Pour chercher et trouver des informations sur le sujet scientifique qui va préoccuper le commissaire, il va devoir aller en bibliothèque… quelle époque !
On retrouve un cadavre dans un canal. Il s’agit d’un jeune homme d’environ 25 ans, assassiné d’un coup précis au coeur. Il n’a pas de papiers sur lui mais ses vêtements et ses dents laissent à penser qu’il est Américain. Ce qui se vérifie et donne lieu, en ce qui me concerne, à la découverte de la présence militaire américaine en Italie, à Vicence en l’occurrence. De très nombreux militaires y sont présents, vivent comme ils vivraient aux États-Unis avec leurs propres magasins, leur nourriture. Les militaires sont accompagnés de leur famille. Ils se comportent comme si l’Italie était un pays sous-développé auquel ils apportent la civilisation. On comprend clairement comment cette présence leur permet de diffuser leur mode de vie et leurs valeurs. C’est l’occasion pour Donna Leon de faire part du ressenti des Italiens face aux Américains, toujours souriants et l’air si sympathique.
La victime, Michael Foster, travaillait sur la base dans les services sanitaires. Sa supérieure hiérarchique reconnaît son cadavre et décrit au commissaire les tâches bien peu excitantes qui lui revenaient. Le capitaine Ambrogiani des carabiniers de la base l’aide dans son enquête mais son supérieur, le vice-questeur Patta, préfère voir dans ce crime une agression crapuleuse et demande à Brunetti de suivre son regard.
Cette première enquête se double d’une seconde concernant le cambriolage du palazzo d’un riche homme d’affaires vivant à Venise. Pour le supérieur de Brunetti, cette affaire est bien plus importante et doit être réglée promptement.
Ce vice-questeur est la caricature du fonctionnaire haut placé ne favorisant que ses intérêts et ceux des puissants. Brunetti le déteste et fait tout pour contourner ses ordres. Il est beaucoup question dans Mort en terre étrangère de ces puissants invisibles qui tirent les ficelles du pouvoir, qu’ils soient hommes d’affaires, hommes politiques ou mafieux. Que peut un simple commissaire honnête comme Brunetti ? Son beau-père lui-même, comte de quelque chose, semble tirer des ficelles très haut placées.
Cette enquête nous montre une Italie telle qu’on l’imagine avec des puissants corrompus, de la mafia, des mères toutes dévouées à leur progéniture et des pâtes à tous les repas. L’enquêteur est plutôt inattendu car très pépère en bon mari, bon père, gendre dévoué. Le rythme est très lent : tous les faits et gestes de Brunetti sont décrits par le menu, c’est quasi aussi rythmé qu’un polar islandais. Par contre, le sujet de fond du roman est très moderne puisqu’il est question de déchets toxiques et d’écologie. Mais Brunetti n’a pas de super pouvoirs et face à la puissance américaine, il ne peut rien.
Je pensais ajouter une romancière italienne à mon index mais c’est raté : Donna Leon est Américaine.
Mort en terre étrangère
Donna Leon traduite de l’anglais (américain) par William Olivier Desmond
Calmann-Lévy, 1997
ISBN : 9782702127667 – 310 pages – 19,25 €
Death in a Strange Country, parution originale : 1993
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