
Premier roman d’Hervé Le Corre que je lis et… ouch, quelle noirceur ! Tout commence par la découverte à Bordeaux d’un corps ensanglanté. La police arrive sur place, le type n’est pas mort mais ça ne va pas tarder. Car il se précipite par la fenêtre du commissariat et s’écrase quelques étages plus bas. Qui était-il ? La recherche de son identité est le mince fil rouge qui relie tous les destins entremêlés dans Traverser la nuit, un roman dans lequel ne brille aucune lueur. Cette enquête croise celle de la traque d’un homme qui vient de tuer sa femme et ses trois enfants avant de s’enfuir.
On suit alternativement des victimes, des femmes abusées par des types qui frappent, violent et profitent. Des tueurs ou gros délinquants genre vendeurs de drogue. Et des flics qui n’en peuvent plus. Chacune de ces catégories de protagonistes est représentée par un personnage qu’on découvre plus particulièrement : Louise, Christian et Jourdan.
Louise est aide-soignante à domicile auprès de vieux acariâtres. Elle s’est sortie de la drogue grâce et pour son fils Sam qu’elle élève seule. Mais elle est harcelée par Lucas, son ex qui la tabasse. Elle retrouve alors un ancien pote qui accepte de l’aider, contre rémunération en nature, bien sûr.
Christian est le frère du type qui s’est jeté par la fenêtre. Ex-soldat, il est livreur de matériel de bâtiment. On comprend très rapidement qu’il a déjà tué plusieurs femmes qu’il a enterrées dans le jardin de sa mère. Elle-même est un cas très très lourd (mère dénaturée ne suffirait pas à la qualifier) qui a subi la violence dans son enfance. Et puis Jourdan, un flic au bout du rouleau qui tente de traverser la nuit, se donne à son boulot, fantôme domestique en perpétuel sursis.
J’ai bien failli interrompre mon audio lecture tant le désespoir et la maltraitance me semblaient insurmontables. Et la fin est pire que prévu car l’espoir a brillé pendant trois pages, laissant croire à un avenir possible. C’est noir, tendance inutilement glauque à la fin. Je l’ai expédiée en me demandant si Ariane Brousse, la lectrice n’allait pas entamer le chapitre suivant…). Mais non.
La réussite du roman se situe dans les personnages. Ce ne sont pas des gens que j’ai rencontrés, je ne connais pas ces milieux. Pourtant, ils m’ont semblé authentiques car très humains, même les plus psychologiquement dérangés. Hervé Le Corre nous partage leur extrême sensibilité, leurs espoirs, leurs besoins, leur avidité de vie, bref, leur humanité. Du flic à l’assassin, ils sont émouvants au sens où ils suscitent des émotions car ils sont comme nous, complexes et vivants. Jamais on ne doute qu’il existe quelque part une Louise qui lutte pour protéger son petit Sam. Ce sont eux qui m’ont fait poursuivre mon audio lecture. Car j’ai voulu savoir comment Christian était devenu un tel monstre, si Jourdan allait reprendre pied et Louise cesser de se faire exploiter sexuellement par tous les types qui croisent son chemin.
Traverser la nuit est donc un roman policier avant tout à lire pour ses personnages même si l’enquête au sens traditionnel est bien présente. Cependant, l’accumulation de femmes battues, humiliées, violées, de pervers violents, exploiteurs, amoraux tout autant que de psychopathes dégénérés n’est pas ce que je recherche avant tout dans mes lectures. Je ne regrette pas d’avoir découvert Hervé Le Corre, je crois comprendre pourquoi de nombreux lecteurs l’apprécient mais cette violence ne me donne pas envie de m’infliger un autre de ses romans.
Traverser la nuit
Hervé Le Corre
Rivages (Noir), 2021
ISBN : 978-2-7436-5173-2- 317 pages – 21,90 €
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