
1978 : Trois jeunes hommes pénètrent dans la demeure isolée du vieil écrivain John Rothstein. De la trempe de Philip Roth, il a choisi de vivre seul sans plus voir personne. Le jeune Morris est à la tête du trio de cambrioleurs. Il a promis à ses acolytes un paquet fric parce que le vieux planque des tas de billets dans son coffre-fort. Mais lui veut autre choses : les carnets noirs de John Rothstein. Parce que c’est son écrivain favori et qu’il s’identifie au héros de sa trilogie : Jimmy Gold. Sauf que Rothstein a trahi ses fans en faisant de ce révolté au dernier tome un publicitaire, autant dire Monsieur Tout le Monde. Morris veut savoir pourquoi et il veut lire ce que l’écrivain a écrit depuis qu’il s’est cloîtré chez lui il y a 18 ans.
Mais il ne va avoir le temps de rien. Morris est du genre nerveux : il tue froidement Rothstein et ses deux potes avant de, pris de panique, planquer les carnets et des enveloppes contenant de l’argent liquide. Puis, malheureusement pour lui, il va se soûler. Il ne se souviendra pas de ce qu’il fait en état d’ébriété mais il est arrêté pour viol, jugé et condamné à perpétuité. Fin de l’histoire ? Non.
En alternance avec l’histoire de Morris, Stephen King raconte celle de Peter Saubers. C’est le fils d’une des victimes de l’attentat du City Center de 2009 raconté dans Mr Mercedes. Son père faisait lui aussi la queue ce jour-là pour trouver du travail. Il a été grièvement blessé aux jambes.
Chez les Saubers, on tire le diable par la queue et rien ne laisse présager que la situation va s’améliorer. Peter, 13 ans et Tina, 8 ans pâtissent des disputes parentales. Et un jour, Peter découvre la malle cachée par Morris Bellamy. Parce que les Saubers habitent l’ancienne maison des Bellamy. Et Peter trouve un stratagème pour que l’argent parvienne à ses parents anonymement durant plusieurs années. Il commence à lire les carnets noirs. Et comme Morris Bellamy avant lui, il se passionne pour Jimmy Gold. Puis il comprend que les inédits de Rothstein valent beaucoup d’argent. Bien assez pour permettre à sa sœur d’aller dans son lycée privé.
Si vous avez lu Mr Mercedes et savez qu’il fait partie d’une trilogie, sans doute vous attendez-vous à entendre parler de Bill Hodges. Eh bien il n’apparaît qu’après un bon tiers du livre. Quand malgré la perpétuité, Morris Bellamy sort de prison et entend bien récupérer sa malle et lire enfin la suite des aventures de Jimmy Gold. 36 ans qu’il attend ça, et pas les 36 plus belles années de sa vie…
Carnets noirs est un bon Stephen King, mais à mon avis un peu en dessous de Mr Mercedes. Brady Hartsfield, le méchant, était vraiment bien plus retors que Morris Bellamy et le suspens plus dense. Et surtout, je ne suis pas fan du jeune Peter, caricature de brave gosse qui fait tout pour sauver ses parents de la misère et permettre à sa sœur d’aller dans un lycée privé avec sa copine plutôt que dans établissement public comme tout le monde. Beaucoup trop parfait à mes yeux, toujours à répéter « c’est ma faute ». Et j’ai du mal à trouver crédible que le vieux Bill Hodgers ait du temps à consacrer à une gamine qui vient pleurer dans son bureau parce que son frère a un comportement bizarre.
Mais on retrouve avec plaisir Bill Hodges, Holly Gibney et Jerome Robinson. Et surtout, ce volume rappelle le très bon Misery (« I’m your number one fan ! ») dont j’ai vu une adaptation théâtrale que je n’oublierai jamais. Il est question de lecture, de rapport entre l’écrivain et ses lecteurs, de l’identification entre lecteurs et personnages, des émotions bien réelles que crée la lecture et des débordements (dans le cas de Morris Bellamy, c’est peu dire) qu’elle peut entraîner. En fait, écrivain est un métier dangereux. En tout cas, un métier à responsabilités car certains livres peuvent submerger des personnalités fragiles.
J’ai audiolu ce livre lu par Antoine Tomé, qui a plusieurs voix à son actif : impeccable.
Stephen King sur Tête de lecture
Carnets noirs
Stephen King traduit de l’anglais (américain) par Océane Bien et Nadine Gassie
Albin Michel, 2016
ISBN : 978-2-226-31922-7 – 427 pages – 22,50 €
Finders Keepers, parution originale : 2015
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