
En octobre 2019, Valberg, une station de sports d’hiver située dans les Alpes-Maritimes, reçoit la visite d’un louveteau. Il est maigre et galeux. Quelques habitants le photographient, le filment, et même le nourrissent de croquettes tant il a faim. Et voilà que le loup de Valberg alimente les réseaux sociaux et relance les débats passionnés entre pro et anti-loups. La journaliste Pauline Briand nous propose de partir à la découverte de ce loup et de faire le point sur les lois relatives à sa sauvegarde ou sa mise à mort. Cependant, ce livre étant publié en octobre 2024, il ne prend pas en compte le très récent déclassement du loup d’espèce strictement protégée à espèce protégée en France et en Europe, ce qui permet d’en tuer plus (en langue officielle on dit « prélever »).
En France, le loup a été éradiqué dans les années 1940 puis réintroduit dans les années 1990 dans le parc du Mercantour. Depuis, les anti et les pro s’affrontent sans faire avancer le débat. Et le loup s’installe, se multiplie : 530 loups en 2019, plus de 1 000 en 2023. Il ne s’en prend jamais aux êtres humains comme le voudrait la légende, mais au bétail, notamment les moutons et brebis qui paissent dans les alpages en été. Un système d’indemnisation très généreux est en place : l’éleveur « sera indemnisé à hauteur de 200 euros pour cette brebis reproductrice adulte. Un prix souvent jugé « large » par le milieu. En 2019, un rapport de conjoncture sur l’élevage ovin en région PACA estimait le prix d’une brebis entre 80 et 150 euros« .
Il est par ailleurs possible dans un cadre strict de tuer 10 % des loups légalement. Si les chasseurs en veulent plus, ils n’ont qu’à demander au préfet qui relève les quotas de 2% de plus. En cas de braconnage, les peines peuvent aller jusqu’à trois ans de prison et 150 000 euros d’amende, ce qui n’arrive bien sûr jamais.
Dans une première partie, il est question de l’arrivée du loup à Valberg et de sa capture. Beaucoup d’acteurs entrent en jeu, depuis des habitants, des bénévoles d’associations et des organismes de l’État. Ils ont des vues différentes sur le sujet et sur la façon de prendre en charge le louveteau, nommé Valberg.
Pauline Briand imagine ensuite quelle fut la vie de Valberg au sein de la meute du Mounier. Ses recherches la poussent à penser qu’il en est le seul survivant, tous les autres ayant été abattus. C’est pourquoi il s’est approché des villages pour trouver à manger.
Le loup de Valberg est ensuite soigné dans un centre de soins à la faune sauvage tenu secret. Après accord de la ministre de la Transition écologique, on le relâche à la limite de l’Isère et de la Drôme dans la plus grande discrétion. A peine une douzaine de personnes dans la confidence, les chasseurs et les éleveurs n’en sont pas. Son soigneur n’a pas voulu donner son nom ni même témoigner anonymement pour cette enquête. Il a peur des représailles : là encore, la loi du plus fort fait régner la terreur. On dote Valberg d’un collier GPS pour suivre ses traces. C’est un outil précieux pour mieux connaître les déplacements de ce loup solitaire. On suit donc le loup pendant 86 jours, d’août à octobre 2020. Il ne s’approche ni des humains, ni des troupeaux (mais emprunte des chemins de grande randonnée !).
Malheureusement, on retrouve le collier en janvier 2021 sans le loup. Valberg a très probablement été assassiné et le chasseur aura fait disparaître son corps. Le Monde titre sur un prudent « Zones d’ombre autour de la disparition du loup de Valberg ». L’enquête ouverte est classée sans suite.
Pauline Briand a documenté sa rigoureuse enquête auprès de ces acteurs qu’ils soient militants, naturalistes, chasseurs, éleveurs, organismes officiels (notamment l’Office Français de la Biodiversité qui lui a donné accès au parcours du loup) ou associations. Contrairement à certains journalistes, elle ne s’implique pas, ne se met pas en scène. A l’inverse, elle imagine tout ce qui concerne la vie de Valberg avant sa capture grâce à ses connaissances et à ses recherches.
A lire donc pour connaître la situation du loup en France mais aussi les relations entre êtres humains et faune sauvage. Celle-ci est toujours perdante quand elle empêche ceux-là de développer leurs activités.
On peut lire un extrait du livre sur le site de l’ASPAS.
Le loup de Valberg
Pauline Briand
Goutte d’Or, 2024
ISBN : 979-10-96906-51-2 – 349 pages – 21 €
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