
Clémence et Louis, les héros de La colère des hérissons, sont lycéens en 1ere et ils s’aiment depuis la maternelle. Ils habitent une commune rurale et fictive de Seine-et-Marne. La mère de Clémence, agricultrice, est morte de trop de produits phytosanitaires. Alors quand le gaz de schiste s’annonce à Lunainville par un permis d’exploration, l’adolescente veut en savoir plus. Elle se rend à la réunion d’information avec Louis. Quand elle prend la parole pour prévenir de la dangerosité des forages de prospection puis de la pollution due à l’extraction, elle ne peut retenir ses larmes. Car c’est sur les terres de son père que tout doit commencer. Son discours émeut mais elle, simple lycéenne endeuillée, ne peut rien faire. Elle décide d’informer ses camarades et de les fédérer pour agir : « Les hérissons en colère » sont nés.
Les Érinacéides étaient une préfiguration des générations futures, qui risquaient bien, si elles se laissaient mener par le bout du nez, d’être elles aussi décimées par la furieuse course au bien-être, orchestrée par les marchands d’énergie fossile.
Ils sont quatre hérissons bien décidés à sortir leurs piquants sur les marchés et les manifestations locales. Distributions de tracts, discutions au débotté et surtout sourires, toujours des sourires. Pas question d’être agressifs, même avec ceux qui le sont, et il y en a.
Louis, Clémence et leurs amis, pleins de bonne volonté, ne tardent pas à comprendre que ça ne va pas suffire. Pour attirer l’attention, il faut frapper plus fort, enfreindre la loi. Les Hérissons en colère décident d’empêcher le départ d’un train. Les deux amoureux vont s’y enchaîner et créer des perturbations. Ils ne s’enfuient pas, revendiquent leur acte non-violent, mais la justice s’en mêle et elle n’est pas compréhensive. Bien que mineurs, Louis et Clémence risquent amende et prison. Un comité de soutien se crée : ils sont devenus des héros, au niveau local mais aussi national car le mouvement des Hérissons a essaimé dans d’autres régions.
Je poursuis ma recherche de livres jeunesse en lien avec l’écologie et découvre La colère des hérissons de Jacques Cassabois : excellente pioche ! C’est un roman intelligent, réaliste et intéressant sur le militantisme et plus généralement l’engagement des jeunes pour la cause écologique. Tout y est, sans mièvrerie. Seules les relations entre les deux adolescents ne fonctionnent pas selon moi, car le ton mystico-poétique tombe à plat.
On suit pas à pas les premières armes de ces adolescents, les questions qu’ils se posent, les risques encourus. Ils sont soutenus par leurs parents et leur détermination sans faille bouscule les adultes. Et elle va les emmener très loin.
On pense bien sûr à Greta Thunberg en lisant La colère des hérissons et aux jeunes, bien peu nombreux, qui s’engagent pour l’écologie, c’est-à-dire pour le monde dans lequel ils vont vivre. Jacques Cassabois fait comprendre que cet engagement n’est pas anodin car l’opposition est forte, emmenée par ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change et qui demain ne seront plus là.
Je regrette juste qu’il n’y ait pas au début du roman une explication sur ce qu’est le gaz de schiste et son exploitation. En 2011, la France est le premier pays à interdire la fracturation hydraulique (nécessaire à l’extraction du gaz de schiste), s’opposant ainsi aux lobbies pétroliers. En 2012, on prospecte quand même en Bretagne et c’est ce qui donne à l’auteur l’idée de ce roman. C’est en 2017 que l’extraction est interdite. Mais pas son utilisation. La France importe donc du gaz de schiste en provenance d’Amérique du Nord, selon le bon vieux principe qu’il vaut mieux polluer chez les autres que chez soi.
Et puis, vous le savez comme moi, les lois vont et viennent. Voici un rapport qui pourrait faire réfléchir nos futurs députés :
La France serait riche de confortables réserves de gaz de « schiste ». Dans le Sud, entre Cévennes, Quercy et Provence. Le Bassin Parisien, quant à lui, recèle dans ses sous-sols du « pétrole de schiste », jusqu’à 100 milliards de barils, selon les prévisions les plus optimistes. Notre pays est parmi les pays les plus prometteurs au niveau européen en huiles, dans le Bassin Parisien avec 100 millions de m3 techniquement exploitables, et en gaz, dans le sud du pays avec 500 milliards de m3», précisent les experts. Son sous-sol recèle à lui seul près de 3% du total mondial. Le Nord-Pas-de-Calais pourrait abriter un gisement de 65 milliards de m3, d’après le Bulletin de l’Industrie Pétrolière.
Bien que le roman date de 2013, il est malheureusement toujours d’actualité. Je ne peux m’empêcher de vous proposer un extrait, tellement ironique aujourd’hui alors que l’État français permet tout aux industriels au nom de l’argent et de la croissance.
Un pays où la loi veille à ce que les trains ne soient pas empêchés d’arriver à l’heure, veille également à ce que l’eau sale ne soit pas déclarer potable.
Santé !
La colère des hérissons
Jacques Cassabois
Hachette, 2013
ISBN : 978-2-01-203920-9 – 365 pages – 15,90 €
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