Un naturaliste sur le toit de la forêt d'Alexis Jenni

Alexis Jenni est un romancier lauréat du prix Goncourt en 2011. Il est aussi agrégé de sciences-naturelles, passionné de plantes et de nature. Il a écrit aux éditions Paulsen plusieurs biographies de passionnés comme lui qui ne sont pas assez connus du grand public. Le botaniste Francis Hallé est le sujet de Un naturaliste sur le toit de la forêt. Alexis Jenni le connaît bien puisqu’il a été en quelque sorte son maître, celui qui l’a inspiré, avant de devenir son ami. Il a aujourd’hui 87 ans.

Ce texte n’est pas une biographie traditionnelle puisqu’Alexis Jenni y met beaucoup de lui. Il se raconte en tant que professeur de sciences-naturelles puis SVT, et même en tant qu’étudiant quand Francis Hallé fut invité à donner une conférence dans son lycée. Plus tard, Jenni et Hallé se retrouvent invités pour les mêmes conférences. Par ailleurs, l’un interroge l’autre, recueille souvenirs et anecdotes pour dessiner une aventure intellectuelle et humaine.

Pourquoi Francis Hallé ? Parce que c’est un « scientifique atypique et aventureux ». Un scientifique qui admire son objet d’études alors qu’on lui demande de le décrire et de l’identifier.

Cet homme est important, son œuvre est importante, pour la science en général, pour le regard qu’il porte sur le vivant, pour sa façon de le voir et d’y vivre.

C’est pour Alexis Jenni l’homme qui va au-delà de la science pour la science, c’est l’homme de la science pour la vie. Un homme qui parle des arbres comme aucun avant lui car il ne tient pas à distance ses émotions. Rien à voir avec l’austérité et l’ennui ressentis à l’université pendant les cours.

Francis Hallé a parcouru le monde à la rencontre ou à la recherche de végétaux, avec une préférence pour les zones tropicales, berceau de toutes les plantes. Sous la plume d’Alexis Jenni, il ressemble à Tintin ou à quelque héros vernien, véhicule fantastique compris. Peut-être connaissez-vous le radeau des cimes, engin autonome d’exploration de la cime des arbres ? C’est une plateforme suspendue sous un ballon dirigeable qui peut se poser sur la canopée des forêts tropicales. Car il est bien sûr impossible d’atteindre le haut de ces arbres immenses. Il fallait donc concevoir un engin permettant de les approcher par au-dessus. C’est fut le cas en 1986, on peut le voir ici.

Alexis Jenni raconte la conception, la construction et l’utilisation de ce radeau des cimes. Il ne cache pas qu’il est rendu possible par le mécénat d’Elf Aquitaine à l’époque. La science a besoin d’argent, et la biodiversité des marchands de pétrole…

Pourtant, si Francis Hallé a parcouru le monde, répondu aux journalistes et fait de multiples conférences y compris dans les lieux les moins prestigieux, c’est pour alerter sur la régression de la forêt et la perte de la biodiversité à l’échelle mondiale. Il prône par exemple l’agroforesterie comme alternative à l’agriculture conventionnelle qui ruine la terre.

Alexis Jenni ne noie pas son lecteur sous des termes scientifiques. Il fait partager une passion et une vie dans un enthousiasmant récit de vie et d’arbres. Il a puisé dans les innombrables carnets d’expéditions que Francis Hallé a tenus durant ses voyages à travers le monde. Ce sont les carnets d’un scientifique mais aussi d’un dessinateur car le botaniste n’a de cesse de garder traces et de représenter cette beauté qui le fascine.

Après une biographie de John Muir, Alexis Jenni se consacre donc à nouveau à un homme qui a oeuvré pour le vivant. Il met la littérature au service d’une approche esthétique de la nature. Cette croisée des genres permet donc aux profanes de mieux comprendre le monde.

Alexis Jenni sur Tête de lecture

 

Un naturaliste sur le toit de la forêt

Alexis Jenni
Paulsen, 2024
ISBN : 978-2-37502-355-6 – 185 pages – 21 €

 

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20 réponses à « Un naturaliste sur le toit de la forêt d’Alexis Jenni »

  1. Violette
  2. Patrice

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