Partager la publication « J’aurais pu devenir millionnaire, j’ai choisi d’être vagabond d’Alexis Jenni »

Ceux qui s’intéressent à l’histoire du mouvement écologiste ou à l’autonomie connaissent souvent Henry David Thoreau et Ralf Waldo Emerson. John Muir est moins connu, il semble pourtant plus authentique dans sa démarche. Lui n’a pas vécu deux ans dans une baraque à cinq cents mètres de chez ses parents. Il a crapahuté seul dans les montagnes américaines (1 500 kilomètres à pied du Wisconsin à la Floride, quand même…), affronté le froid jusqu’en Alaska (sans polaire Décathlon) et la chaleur du soleil californien.
John Muir pourtant est écossais, élevé dans le plus strict calviniste. Il a écrit ses mémoires, son biographe peut donc raconter son enfance extrêmement austère, faite de Bible et de travail. Quand il parvient à s’échapper avec son frère, il se rue dans la nature, se roule dedans, court, crie, grimpe et se réjouit de tout ce qu’il voit. Enfermé, il s’évade par l’imagination. A dix ans, il quitte la Grande-Bretagne car son père décide de s’installer aux États-Unis. Pendant dix autres années, il construit la ferme familiale et y travaille d’arrache-pied.
Il est si doué qu’il fabrique d’incroyables machines, à la Léonard de Vinci. Sauf que les siennes fonctionnent et qu’elles lui valent son émancipation de la tutelle familiale. John Muir plonge dans le wilderness, la Grande Sauvagerie. Il parcourt les lieux où la nature est encore presque vierge, mais les hommes et la guerre de Sécession ont déjà fait des dégâts. Il lit beaucoup, dessine et devient bientôt une célébrité dans le Yosemite (Sierra Nevada, Californie), « le plus grand de tous les temples dédiés à la Nature », écrit-il. Tout le monde sait qui est John Muir, pourtant vagabond solitaire, et tout le monde veut le voir. Il rencontre même Théodore Roosevelt.
Mais il n’est pas qu’un traîne savate un peu excentrique. John Muir est aussi un scientifique qui lit beaucoup et réfléchit en observant (ou l’inverse). C’est grâce à ses études minutieuses qu’il peut démontrer que la vallée de Yosemite n’est pas née comme on le croyait de tremblements de terre mais a été ciselée par des glaciers.
Muir, profondément croyant, voit dans la Nature un reflet de la Création. Y attenter est un péché. Pourtant, il voit durant sa vie la Californie se transformer à cause de l’activité humaine (et des troupeaux de milliers de moutons qu’il déteste!). On abat les séquoias, ces arbres millénaires. Il milite pour leur préservation comme ça se fait alors, sous forme de parcs nationaux.
Alexis Jenni, agrégé de sciences naturelles, fait revivre cet homme qui est une gloire nationale aux États-Unis. Il ne s’agit pas pour lui de démontrer que cet homme-là avait tout vu et tout compris avant tout le monde ni de faire de lui le premier écologiste. C’est a posteriori qu’on le rattache à ce courant. Je trouve intéressant d’apprendre quand, comment et pourquoi des hommes au XIXe siècle ont commencé à s’inquiéter pour la nature et l’environnement.
L’extrême actualité du sujet rend Muir plus que vivant et cette biographie nécessaire. Jenni lui procure un surcroît de vitalité en multipliant les allusions à sa propre vie. Il établit de nombreux parallèles avec son propre parcours d’homme soucieux de la nature qu’il est et de petit aventurier qu’il a été.
Alexis Jenni sur Tête de lecture
J’aurais pu devenir millionnaire, j’ai choisi d’être vagabond
Alexis Jenni
Paulsen, 2020
ISBN : 978-2-37502-089-0 – 220 pages – 21 €
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