Les brouillards noirs de Patrice Gain

J’ai découvert l’infâme pratique du grindadrap avec le dernier roman de Caryl Ferey. Je ne l’ai pas apprécié mais appris à l’occasion de cette lecture qu’un autre romancier français avait déjà écrit sur le sujet, Patrice Gain. J’ai apprécié Terres fauves et n’ai donc pas attendu pour lire Les brouillards noirs. D’autant plus que le sujet est plus que jamais d’actualité. Car en ce mois de juillet 2025, Sea Shepherd dévoile qu’aux îles Féroé « 116 dauphins globicéphales ont été massacrés et une quinzaine de fœtus ont été extraits des corps éventrés des femelle gestantes ». Ce constat qui horrifie le monde entier sauf les îles Féroé, on le doit aux activistes dont il est question dans ce roman.

Raphaël, violoncelliste de métier, reçoit un appel de sa désagréable ex-femme. Depuis onze ans, il ne l’a pas vu, pas plus que sa fille Maude. Elle lui annonce que Maude, en vacances aux Féroé avec son fiancé, n’est plus joignable. Il faut qu’il fasse quelque chose.

Raphaël prend donc le premier avion. Avec son violoncelle. Il est bien décidé à remuer ciel et terre pour sa fille. Il va devoir faire plus. Car en effet, Maude est introuvable. Elle fait partie d’une ONG dont les membres passent en jugement sur l’île quand il arrive. Pour le roman l’ONG s’appelle Ocean Kepper. Maude a disparu au cours d’un grindadrap, cette chasse ancestrale qui consiste à massacrer des baleines pilotes et des dauphins pour le plaisir de massacrer, parce qu’on a toujours fait comme ça.

On était d’accord pour dire qu’il en allait du grindadráp comme des religions : ils invitent une communauté à se livrer à des rites, en dehors de toute logique, dans le seul but de rendre la barbarie respectable au nom de ce qui serait sacré.

Comme tous les gens normaux, Raphaël tombe de haut. Afin de retrouver sa fille, il interroge à droite à gauche et ça ne plaît pas. On l’intimide, on le menace. Il se sent seul et vulnérable sur cette terre très inhospitalière où les autorités ne font rien pour l’aider. Les autochtones anti-grindadrap sont rares.

Donc, si vous ne devez lire qu’un roman sur le sujet, lisez celui-ci. Ses personnages sont autrement plus crédibles que ceux de Caryl Ferey. Le père est émouvant dans sa solitude paternelle. Il ne sait rien de sa fille dont il reconstruit le portrait grâce aux témoignages des militants. Son espoir est immense. L’intrigue resserrée est efficace, le rythme rapide. Patrice Gain prend aussi le temps de décrire les paysages et le rude climat de l’île. C’est peu de dire que la nature y est aussi hostile que les habitants.

Un soleil froid jaunissait les vastes prairies boréales et la neige recouvrant les sommets. La côte s’enguirlandait d’écume dans le fracas des vagues qui l’assaillaient. C’était déconcertant de puiser dans les brumes déchirées et le ciel en rémission un réconfort, alors même que dans ma poitrine mon cœur battait, au son des tambours, une marche funèbre.

Le message est aussi très clair. Les traditions ancestrales n’ont plus aucune justification aujourd’hui (la chair des globicéphale est imangeable car polluée au mercure). Si ce n’est le goût de la violence et le masculinisme. Le grindadrap est une boucherie révoltante et les chasseurs n’ont pas l’ombre d’une excuse. Leurs revendications puent le nationalisme, la bêtise et la corruption. Les brouillards noirs est donc un plaidoyer efficace et un bon roman noir.

Patrice Gain sur Tête de lecture

 

Les brouillards noirs

Patrice Gain
Albin Michel, 2023
ISBN : 978-2-226-48052-1 – 245 pages – 19,90 €

 

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27 réponses à « Les brouillards noirs de Patrice Gain »

  1. keisha41
  2. katell22
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