Grindadrap de Caryl Ferey

L’an dernier, Caryl Ferey est sorti de ses romans noirs habituels pour publier Magali, un roman que je n’ai pas apprécié. Beaucoup de lecteurs m’ont suggéré de redonner une chance à cet auteur. Voilà qui est chose faite avec Grindadrap qui ne m’a malheureusement pas beaucoup plus enthousiasmée que Magali.

Le lecteur suit Gab, apnéiste d’une trentaine d’années, ancien surveillant du Marineland d’Antibes quelque peu dépressif. Il vient d’embarquer à bord d’un navire de Sea Shepherd, le Mogwai. Le but est d’empêcher des navires de chasser les baleines. Car la chasse à la baleine est interdite mais les baleiniers ne risquent rien tant le sort des baleines, et autres animaux marins, indiffère le monde. Mais pas Sea Shepherd bien sûr qui les défend par tous les moyens. Cette organisation est donc la bête noire des braconniers des mers.

Alors que le bateau de Gab approche de sa cible, un baleinier norvégien, un ouragan se lève. Le Mogwai n’a que le temps d’envoyer des filets qui doivent se prendre dans l’hélice du navire baleinier. Il s’échoue ensuite sur les îles Féroé : Gab et Ayleen la capitaine sont les seuls survivants.

Malgré l’ouragan, les Féroens se sont quand même lancés sur la mer pour se livrer à une coutume ancestrale et bien réelle : le grindadrap. Il s’agit pour les pêcheurs de regrouper des bancs de cétacés vers la côte pour les tuer. Plus ils en tuent, plus ils sont contents.

Et le massacre aujourd’hui continue.

Il ne s’agit pas de les tuer pour les manger car leur viande est impropre à la consommation en raison de la pollution. Il s’agit simplement de faire comme les ancêtres : s’amuser à massacrer et prouver qu’on est un homme. Exactement les mêmes traditions imbéciles et les mêmes justifications que dans L’île des chasseurs d’oiseaux de Peter May.

Je suis évidemment sensible au message véhiculé par ce roman. Le braconnage d’espèces en voie de disparition, l’indifférence des États, la surpêche, la violence envers les animaux me touchent et m’attristent comme beaucoup de gens. C’est la forme qui me convainc moins. Sur l’île, le chef du grindadrap est retrouvé assassiné. Le responsable de la police locale est un policier danois qui doit enquêter seul car l’ouragan empêche toute communication. Et exaspère les tensions. Les habitants en ont après les membres de Sea Shepherd qui ne vont pas manquer de dénigrer leurs coutumes ancestrales. Et ça, c’est mauvais pour l’image de l’île et donc pour le tourisme. Les potentats locaux sont prêts à tout afin de garder la main sur les habitants et faire régner leurs lois.

Cette intrigue est assez prévisible. C’est sans doute pourquoi l’auteur l’agrémente d’un aspect mystique à travers Gab qui entre en communion avec les animaux marins. Il plonge en apnée ce qui lui ouvre un monde de sensations imperceptibles au commun des mortels. J’ai eu du mal à croire en ce personnage. Car Caryl Ferey manque terriblement de finesse dans ses portraits psychologiques. Il affirme que Untel est comme ci ou comme ça plutôt que de le faire comprendre. Gab parle donc à la première personne de façon très peu naturelle.

Par exemple, Caryl Ferey se donne beaucoup de peine pour exprimer le mal être de Gab. Il a perdu ses camarades embarqués avec lui à bord du Mogwai, il n’a pas pu les sauver, les a vus mourir. C’est donc un choc immense, on le comprend. Le soir même pourtant, il plaisante en reluquant les jambes de la belle journaliste qui recueille chez elle les deux rescapés. Je trouve qu’il y a là quelque chose qui ne fonctionne pas.

Les autres personnages ne sont guère plus convaincants et surtout artificiels. Ils évoluent dans une intrigue aux enjeux peu clairs dans laquelle les gentils et les méchants sont visibles comme le nez au milieu de la figure. Il y en a tellement qui tombent amoureux qu’on se croirait dans un scénario hollywoodien. Pourquoi est-il nécessaire que le policier tombe amoureux de sa voisine ? Qu’est-ce que ça vient faire là ? On dirait une mauvaise romance adolescente… Sans parler du chien (qui peut me dire pourquoi tant de pages sont consacrées à ce clébard fou ?).

Étant insensible à l’aspect chamanique du roman, il ne me reste plus grand-chose à conseiller. Si ce n’est de lire Le règne du vivant d’Alice Ferney si vous souhaitez en savoir plus sur Sea Shepherd et son fondateur. Et sur le même sujet du grindadrap, je vous conseille plutôt Les brouillards noirs de Patrice Gain.

Caryl Ferey sur Tête de lecture

 

Grindadrap

Caryl Ferey
Gallimard (Série Noire), 2025
ISBN : 9782073037329 – 384 pages – 20 €





39 réponses à « Grindadrap de Caryl Ferey »

  1. keisha41
  2. bulledemanouec671473c7
  3. Violette
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  6. Choup
      1. Choup

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