
Fiona Maye, magistrate proche de la soixantaine, est spécialiste du droit de la famille et juge aux affaires familiales. Elle doit donc souvent trancher dans des situations intimes. Son seul but quand elle prend une décision est d’agir dans l’intérêt de l’enfant. Voilà qui semble évident : favoriser l’enfant pour lui permettre de s’épanouir dans le meilleur environnement possible. Fiona Maye, en fin de carrière, est une juge consciencieuse et reconnue comme telle. Elle va pourtant expérimenter dans sa propre vie les conséquences d’une décision très réfléchie prise dans l’intérêt d’un enfant.
Fiona Maye doit statuer d’urgence sur le cas d’un jeune garçon de 17 ans et 9 mois. S’il n’est pas transfusé dans les 48 heures, il mourra ou gardera des séquelles handicapantes. Ses parents et lui-même sont Témoins de Jéhovah et refusent toute transfusion. Au cours d’une audition, elle entend le médecin puis les parents. Elle parvient à se faire une idée d’Adam, mais décide cependant de se rendre à son chevet pour mieux le comprendre. Pour déterminer si refuser la transfusion est un choix conscient, ou imposé par ses parents, sa religion et sa communauté.
Fiona se trouve dans une position terrible puisqu’elle a pouvoir de vie ou de mort sur le jeune Adam. Si elle suit l’avis de la famille et d’Adam lui-même, il mourra. Si elle s’y oppose, il vivra contre son gré et ses préceptes religieux. Doit-elle le condamner à vivre ? Fiona tranche et pense l’affaire terminée. Mais non, elle se poursuit et la poursuit.
Cette affaire très sensible arrive dans la vie de Fiona au moment où elle se sépare de son mari. Il semble avoir besoin d’une cure de jeunesse sexuelle que Fiona n’a pas envie de lui apporter. Il part avec sa valise et revient bien vite. Mais c’est pour elle le moment de s’interroger sur une longue vie de couple devenue monotone. Fiona n’a pas pris le temps d’avoir des enfants.
J’ai lu plusieurs romans de Ian McEwan que je trouve assez inégaux. Celui-ci fait partie des bons même si de nombreuses répétitions plombent le texte. Au cours du procès notamment, les arguments des uns et des autres sont répétés de nombreuses fois jusqu’au verdict que le lecteur attend avec impatience.
Cependant, les arguments mis en avant sont très intéressants, car s’opposent le droit des individus à décider de leur vie, l’autorité parentale, la religion… Ils soulèvent des questions fondamentales et s’exposent avec beaucoup de clarté et de finesse. En particulier, à mes yeux, en ce qui concerne la conviction religieuse. Il s’agit ici de surcroît d’une secte, donc d’une pratique jugée extrémiste et pourtant l’analyse de la juge se fait loin de tout préjugé. McEwan a pris soin de présenter une famille heureuse, des parents épanouis et très à l’écoute de leur fils.
Il propose un autre exemple avec le cas de frères siamois qui ne peuvent être séparés sans provoquer la mort de l’un d’eux. Mais aussi la survie de l’autre. Les parents très croyants préfèrent ne pas intervenir pour laisser Dieu décider du sort de leurs enfants, c’est-à-dire la mort assurée pour les deux.
Personne ne voudrait être à la place de Fiona, obligée de décider de la vie ou de la mort d’enfants. Elle doit se substituer à une autorité parentale défaillante ou contestée. Elle s’appuie sur des textes juridiques, notamment le Children Act (titre original anglais) mais la loi ne peut suffire car l’humain est beaucoup plus complexe que des mots. On comprend que la juge Fiona Maye soit taraudée par sa conscience.
Ian McEwan sur Tête de lecture
L’intérêt de l’enfant
Ian McEwan traduit de l’anglais par France Camus-Pichon
Gallimard (Du monde entier), 2015
ISBN : 9782070147687 – 240 pages – 18 €
The Children Act, parution originale : 2014
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