Le fardeau de Matthieu Niango

Après des décennies de silence, les pouponnières du Troisième Reich sortent peu à peu de l’oubli. On a pu dernièrement lire La Pouponnière d’Himmler de Caroline De Mulder, un roman, ou Lebensborn d’Isabelle Maroger, une bande dessinée. J’ai pour ma part écrit un récit historique sur ce passionnant sujet. Pour ce travail, j’ai regardé de nombreux documentaires dans lesquels une femme revient souvent : Gisèle Niango. Elle est blanche, ses enfants sont métis et elle est née dans un lebensborn, celui de Wégimont en Belgique : quel parcours ! Quand j’ai vu son nom parmi les ouvrages de la rentrée littéraire, j’ai su que j’allais lire Le fardeau, écrit par son fils.

Matthieu Niango est déjà adulte quand il apprend que sa mère a été adoptée. Et que Thérèse qui vient de mourir n’était pas sa grand-mère. Mais Gisèle, la mère de Matthieu n’a pas voulu en savoir plus sur ses origines. Matthieu va chercher et, accompagné de sa mère vieillissante, trouver bien plus qu’il ne s’y attendait. Découvrir que Gisèle est née dans un lebensborn n’est que la première marche. C’est déjà un choc, et même un cataclysme puisque Gisèle doit accepter qu’elle a eu un père nazi et qu’elle a été conçue au sein une idéologie mortifère. Mais Matthieu Niango ne veut pas s’arrêter là. Car il veut découvrir qui était la mère de Gisèle, sa grand-mère à lui. Et le père de Gisèle, le SS, est-ce possible de retrouver sa trace aujourd’hui ? Oui.

Matthieu Niango enquête sur les traces de deux Hongroises, Vera et Margit Sestura, venues en Belgique avec leurs parents. Il retrace toutes les étapes de son enquête familiale, non sans partager ses interrogations. Car quelle ironie tout de même : il a un père ivoirien et des grands-parents maternels nazis ! Et ce n’est pas tout : il découvrira un autre aspect capital de cette famille en se rendant jusqu’en Hongrie.

Chapitre après chapitre, courts et non chronologiques, Matthieu Niango reconstruit donc l’histoire de sa lointaine famille. Il approche Margit, sa grand-mère biologique, au plus près grâce à de nombreux documents conservés par différents membres. Mais aussi parce qu’elle a donné du fil à retordre à la police belge. Quand il ne sait pas, quand aucun document ne répond à ses questions, il dépose sa casquette d’historien pour celle d’écrivain et imagine.

Il se découvre également une nouvelle famille puisque les sœurs Sestura ont eu des enfants. Il se rend en Hongrie, remonte encore et encore l’arbre généalogique. Mais une question fondamentale demeure : pourquoi abandonner son bébé dans un lebenborn ?

Si vous aimez les enquêtes familiales improbables et pourtant véridiques, Le fardeau ne pourra que vous plaire. Malgré une chronologie éparpillée, il se lit facilement. On lit derrière chaque page l’amour que l’auteur porte à sa mère.

 

Le fardeau

Matthieu Niango
Mialet Barrault, 2025
ISBN : 9782080416674 – 400 pages – 22 €

 

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35 responses to “Le fardeau de Matthieu Niango”

  1. keisha41
  2. je lis je blogue
  3. luocine
  4. Choup

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