
Surchauffe est d’emblée un titre qui éveille ma curiosité. Je pense « réchauffement climatique » et les thématiques afférentes qui inspirent de plus en plus les écrivains. Or, si notre mode de vie à l’origine de ces dérèglements est bien présent dans ce roman de Nathan Devers, il n’en est pas le sujet principal.
J’aurais dit que Surchauffe traitait d’une femme ambitieuse qui atteint ses objectifs professionnels au prix du pire. Mais suite à mon audiolecture, j’ai regardé une vidéo de l’auteur s’exprimant sur son livre. Son point de départ est le peuple des Sentinelles qui vit à l’écart de la société moderne dans les îles Adaman. Qui s’en approche est accueilli de volées de flèches. Elle est désormais protégée et il est interdit d’y aborder. Il ne parle que de ce peuple dans la vidéo mais dans son roman, il n’en est question que sur moins d’un quart des pages.
J’ai aussi appris que Nathan Devers était animateur télé et philosophe. Visiblement, ce n’est pas incompatible. Ça m’a permis de comprendre pourquoi il tartinait des pages et des pages de considérations sur un peu tout, notamment en ouverture de roman. Je n’ai jamais écrit de roman mais j’en ai lu beaucoup et commencer par dérouler des considérations sur l’état de notre pauvre monde me fait l’effet d’une douche froide. J’avais devant moi sept heures de voyage et n’avais que ce livre audio à disposition : misère…
Puis vient Jade Elmire Fasquel, 36 ans, chargée des partenariats pour une chaîne d’hôtels de luxe. Jade travaille beaucoup et gagne de l’argent en conséquence. Elle est mariée avec un animateur vedette. Elle vit dans un monde d’envieux et d’apparence et ne pourrait être qu’une riche de plus qui donne envie de vomir. Mais elle, elle est intelligente. Ce qui lui permet de mépriser le système dans lequel elle vit et qu’elle entretient. Autant dire qu’elle n’a absolument rien pour elle. Celles et ceux qui apprécient les personnages auxquels on peut s’identifier peuvent passer leur chemin. Par contre, on peut apprécier la construction habile d’un personnage aussi détestable.
Jade est proche du burn out, évidemment. Trop de travail mais aussi un échec littéraire. Elle voudrait écrire un roman, un très grand roman qui la précipite au firmament de la célébrité intellectuelle. Parce que tout de même, elle n’est pas qu’une bonne business woman… Elle se focalise donc sur le peuple des Sentinelles, à la hauteur de ses ambitions : personne n’a pu entrer en communication avec eux ? Elle le pourra. Pour atteindre son but, elle acceptera de travailler à un projet d’hôtel de luxe dans les îles Adaman qui détruira à jamais l’écosystème fragile de l’archipel.
J’ai apprécié la finesse psychologique de ce détestable personnage. Car je trouve tellement plus facile de créer de sympathiques personnages attachants et consensuels. Construire une vraie salope est beaucoup plus complexe et soutenir l’attention du lecteur à travers elle sur plus de 300 pages est une gageure. Je l’ai détestée parce qu’elle a réponse à tout. Parce qu’elle justifie tout. Parce qu’elle est lucide et cynique. Et sans doute parce qu’elle incarne tout ce que je déteste. C’est fascinant ces gens que le pouvoir et l’argent envoûtent, qui n’ont rien d’autre : ils sont tellement pitoyables.
Par contre, je n’ai pas apprécié les trop longs et trop nombreux passages qui nous apprennent la vie, le monde et la société telle qu’elle va mal. Alors que Nathan Devers dessine au pinceau son héroïne, il barbouille sa toile de considérations qui prennent le lecteur pour un parfait idiot. D’autres pâtés font taches comme le mépris de Jade pour son artificiel mari ou ses joints qu’elle fume en cachette. Au final, le tableau est brouillé et je m’interroge : pourquoi une femme ? Pourquoi Nathan Devers choisit-il de faire le portrait de cette rapace ? Est-ce par plaisir de peindre une femme sans scrupules, amorale, une femme qui réussit et qu’on déteste pour ça ?
Surchauffe
Nathan Devers
Albin Michel, 2025
ISBN : 9782226503824 – 336 pages – 21,90 €
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