
Une nouvelle fois, j’ai beaucoup apprécié la plume de John Boyne. Cet écrivain irlandais a le don du romanesque et une approche très fine de la psychologie des personnages. Dans Les éléments, ils sont tous brisés, complexes et pour certains inexcusables mais toujours passionnants. J’ai aimé les suivre et les découvrir peu à peu grâce à une narration qui entretient la tension, voire le suspens.
Si cette entrée en matière ressemble plutôt à une conclusion, c’est pour retenir votre attention car il me faut bien sûr préciser que le thème principal du roman est l’abus sexuel. Il est, vous en conviendrez, difficile de dire d’emblée : « Je viens de lire un super roman sur l’abus sexuel, lisez-le ! ». D’ailleurs moi-même, connaissant le thème, je n’aurais peut-être pas ouvert le livre…
Les éléments se divise en autant de parties que d’éléments : eau, terre, feu et air. Elles forment des novellas (publiées d’abord indépendamment) avec des personnages secondaires dans l’une qui deviennent principaux dans l’autre, sauf la dernière qui les rassemble tous. La référence aux éléments ne m’a pas semblé significative.
Vanessa est la narratrice de la première partie. Elle vient se réfugier sur une île irlandaise, fuyant sa vie passée mais cherchant à entrer en contact avec sa fille Rebecca, sa fille survivante. On découvre peu à peu quelle fut sa vie, ce qu’ont fait son mari et sa fille et pourquoi elle fuit. Et croyez-moi, on a vraiment envie de le savoir.
Evan, le narrateur de la deuxième partie croise Vanessa sur l’île au moment de la quitter. Il n’a alors que 16 ans mais quand il raconte son histoire, il est devenu footballeur professionnel et doit comparaître devant la justice pour complicité de viol (il l’a filmé sans défendre la victime). Mais l’accusé nie et la victime se révèle peu fiable. Qu’en est-il ? Qui est Evan ? Là encore, la tension monte et on veut savoir ce qui s’est passé le soir du viol et comment le sympathique Evan s’est trouvé là.
La troisième partie est sans doute la plus dérangeante. Freya est une chirurgienne accomplie et brillante. Mais elle embarque de très jeunes adolescents dans sa voiture, les emmène à son appartement et les viole. Qui est-elle ? Que lui est-il arrivé ?
La quatrième partie permet au lecteur de retrouver Rebecca et une victime de Freya et donc de suivre des gens qui doivent vivre avec un grave traumatisme. Ce n’est que peu à peu que le lecteur comprend vers où s’envolent le père et le fils, les personnages principaux. J’ai trouvé l’analyse des relations entre eux particulièrement fine, entre agacement et amour.
Chaque personnage est présenté dans toute sa richesse et sa complexité. On assiste à sa construction grâce à de nombreux retours en arrière qui permettent de sonder jusqu’à l’âme de chacun. Ces hommes et ces femmes vivent avec leur traumatisme qu’ils tentent de cacher et qui ruine leur vie. L’abus les a rendu inaptes à la vie en société, et les condamne à une vie entre culpabilité et rédemption.
Le lecteur va de révélation en révélation sur le mode du page turner alors que Les éléments est avant tout un roman psychologique qui sonde des vies fracassées. C’est aussi sombre que lumineux, jamais manichéen même si John Boyne insiste sur une possible réparation. Choisir de vivre, c’est croire qu’elle est malgré tout possible.
John Boyne sur Tête de lecture
Les éléments
John Boyne traduit de l’anglais (irlandais) par Sophie Aslanides
Lattès, 2025
ISBN : 9782709674300 – 512 pages – 23,90 €
The Elements, parution originale entre 2023 et 2025
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