Le mur invisible de Marlen Haushofer

L’aspect science-fictif de ce roman de l’Autrichienne Marlen Haushofer est très ténu. C’est un prétexte pour placer l’héroïne dans une situation de solitude extrême et pour un récit de retour à la terre quelque peu forcé. La narratrice, citadine de 40 ans, se retrouve prisonnière d’une très vaste vallée autrichienne. Un mur invisible la sépare du reste du monde. Elle voit au travers qu’au-delà, toute vie semble pétrifiée. Elle se retrousse donc les manches.

La narratrice s’interroge beaucoup moins que le lecteur sur ce qui a pu se passer, sur les raisons de son enfermement soudain. On comprend que l’intrigue se situe durant la guerre froide et que peut-être, un incident atomique est à l’origine de cette fin du monde.

Autant l’avouer d’emblée : j’ai trouvé Le mur invisible très long. La narratrice raconte son quotidien monotone et ses efforts pour survivre. C’est extrêmement répétitif. N’ayant pas beaucoup de goût pour les descriptions de la nature, l’ennui a très vite pointé son nez. Sans l’audio lecture, je ne serais pas allée au-delà d’un tiers du livre. Sa solitude radicale n’est que peu souvent prétexte à un questionnement sur la nécessité de vivre. J’ai trouvé ses interrogations peu profondes. On la comprend plus à travers ses gestes et les rituels qu’elle instaure pour rester humaine. Mais son récit est froid et très factuel.

Ce qui m’a le plus touchée dans ce roman, ce sont les rapports de la narratrice avec les animaux. Elle a un chien, une chatte et une vache. L’évolution de ses rapports avec eux est très intéressante.

Les barrières entre les hommes et les animaux tombent très facilement. Nous appartenons à la même grande famille et quand nous sommes solitaires et malheureux, nous acceptons plus volontiers l’amitié de ces cousins éloignés. Ils souffrent comme nous si on leur fait mal et ils ont comme nous besoin de nourriture, de chaleur, et un peu de tendresse.

Elle est contrainte bien sûr puisqu’elle n’a plus qu’eux et que de sa vache dépend sa survie, mais elle va au-delà avec les deux autres animaux, effaçant les traditionnelles barrières entre espèces afin de découvrir des relations bien plus riches. L’extrême solitude qu’elle expérimente est une porte d’entrée vers le monde animal. Il l’aide à supporter sa condition d’humaine.

Ce roman s’apparente à ce qu’on appelle aujourd’hui l’écoféminisme, un courant littéraire qui envisage les liens profonds entre femme et nature, également opprimées par le patriarcat. Il en est même précurseur. Ici, la narratrice repense dans sa solitude son rapport au vivant et donc sa place dans la création, sa place naturelle et non plus son rôle social (épouse et mère). Elle se remémore alors la femme qu’elle a été :

Je ne voudrais pas la juger trop sévèrement. Il ne lui a jamais été donné de prendre sa vie en main. Encore jeune fille, elle se chargea en toute inconscience d’un lourd fardeau et fonda une famille, après quoi elle ne cessa plus d’être accablée par un nombre écrasant de devoirs et de soucis. Seule une géante aurait pu se libérer et elle était loin d’être une géante, juste une femme surmenée, à l’intelligence moyenne, condamnée à vivre dans un monde hostile aux femmes, un monde qui lui parut toujours étranger et inquiétant. Elle en savait un peu sur pas mal de choses mais sur la plupart elle ne savait rien du tout et, en général, dans son esprit dominait un désordre effrayant. C’était bien assez pour la société dans laquelle elle vivait et qui d’ailleurs était aussi ignorante et accablée qu’elle. Mais je dois dire à sa décharge qu’elle en ressentait toujours un malaise diffus et qu’elle garda la conscience que cela ne pouvait pas être suffisant.

La nature et la solitude lui permettent donc de rencontrer son vrai moi. Je n’ai rien contre l’écoféminisme, au contraire cette analyse du monde me semble pertinente. Mais selon moi, l’auteure n’a pas su dépasser le principal écueil du genre : la répétition monotone.

 

Le mur invisible

Marlen Haushofer traduite de l’allemand (autrichien) par Patrick Charbonneau, Jacqueline Chambon et Liselotte Bodo
Actes Sud, 1992
ISBN : 978-2-8686-9832-2 – 323 pages – 9,20 €

Die Wand, parution originale : 1963

 

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31 responses to “Le mur invisible de Marlen Haushofer”

  1. luocine
  2. je lis je blogue
  3. Violette

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