Avant la fin de Liz Jensen

Gabrielle Fox, la trentaine, est art-thérapeute. Deux ans après un très grave accident, ses collègues ne la jugent pas apte psychologiquement à reprendre le travail. Mais elle s’obstine et obtient un poste dont personne ne veut dans un hôpital psychiatrique de haute sécurité. Elle travaille , auprès de mineurs criminels psychotiques, le plus souvent violents envers les autres et envers eux-mêmes.

Elle va devoir s’occuper de Bethany, une jeune fille qui a tué sa mère à coups de tournevis. En plus d’être persuadée d’être morte, Bethany est obsédée par le changement climatique, la pollution chimique, les perturbations géologiques et l’apocalypse. Gabrielle sait que la jeune fille va lui en faire voir, mais elle a besoin de fixer son esprit sur d’autres qu’elle-même et l’accident qui l’a clouée sur une chaise roulante.

Autre point important dans ce contexte de fin du monde : la foi. Des dizaines d’églises de type « Vague de la Foi » ont vu le jour, qui exhortent les gens à se préparer au grand final, ainsi que des fermes survivalistes. Il existe également toutes sortes de partis extrémistes, dont le mouvement planétarien qui estime que les pertes humaines générées par les catastrophes climatiques sont un bien pour la planète qui régule ainsi le trop grand nombre d’humains qui la peuplent. Mais la lucidité n’est pas réconfortante :

Si nous regardons la vie de la planète sur des milliards d’années, plutôt qu’à l’échelle de l’époque où l’humanité en a été l’espèce dominante, nous verrons que notre présence sur la Terre a duré un clin d’œil. Nous sommes les agents de notre propre destruction – et quand nous disparaîtrons, anéantis par notre insouciante quête d’expansion -, la planète ne nous pleurera pas. En fait, elle aura de quoi se réjouir. Aujourd’hui l’espèce humaine est au seuil d’une nouvelle extinction massive qui marquera, sinon sa disparition, du moins son extrême marginalisation. 

Le lecteur suit Gabrielle dans ses efforts pour faire entendre les prédictions de la jeune fille. Il la suit également dans sa vie sentimentale, bien plus complexe du fait de son statut de femme handicapée. Quand Frazer Melville, physicien, entre dans sa vie et lui fait la cour, elle doit accepter l’amour qu’elle ressent pour lui mais aussi celui qu’elle reçoit, comprendre qu’il ne s’agit pas de pitié et qu’elle peut être aimée. C’est aussi la reconstruction d’une identité détruite.

Plus d’un roman s’attache à décrire les changements climatiques et leurs répercussions sur l’espèce humaine et la planète. L’originalité ici est de lier ces phénomènes à la personnalité perturbée d’une jeune adolescente. Dans son précédent roman déjà, La neuvième vie de Louis Drax, Liz Jensen faisait se rencontrer un enfant différent, à l’histoire familiale complexe, et son soignant en milieu hospitalier ; elle connaît très bien le sujet. Elle s’essaie ici à l’éco-thriller avec succès pour un « doomsday scenario » convaincant aux personnages riches et complexes.

Liz Jensen sur Tête de lecture

Avant la fin

Liz Jensen traduite de l’anglais par Aline Weill
Seuil (Seuil Policiers), 2012
401 pages, 21.80€

The Rapture, parution originale : 2009

  

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