Hadès, dieu des Enfers, a décidé de se trouver un successeur. Depuis le temps qu’il règne sur le monde souterrain, il est temps de passer la main. Il publie donc une petite annonce qui au premier abord semble claire : « Vous rêvez d’être immortel ? De posséder d’incommensurables richesses et de régner en maître sur un territoire aussi vaste que les cinq continents ? » Il suffit de se présenter porte 23 du monde des morts. 300 personnes candidatent et Hadès leur fait le show : métaux rares, pierres précieuses, pétrole, uranium ! Le monde souterrain regorge de richesses et bientôt, un seul parmi eux en sera maître. Mais Hadès déteste les hommes pour ce qu’ils ont fait à son univers.

Suzanne, 16 ans, est l’une des candidates. Elle veut accéder au monde des morts pour retrouver un ami récemment décédé. Elle fait pâle figure la donzelle face aux ambitieux qui veulent faire fortune grâce à ce royaume infini. Elle se lie d’amitié avec Tom, un peu froussard et surtout mysophobe : il craint la crasse et les microbes, pas question de mettre les mains dans la terre. Il va pourtant bien falloir.

Les candidats, dont le nombre se réduit après chaque épreuve (il y en a cinq) doivent passer par un parcours durant lequel il vont affronter de multiples dangers : le ruissellement, les labours, l’érosion ou l’attaque de nématodes, entre autres. Ils sont vêtus d’une combinaison qui réduit leur taille, leur permet de respirer sous l’eau et de voir l’infiniment petit. Ils sont devenus la terre et ils sont menacés. Pour vaincre, ils doivent comprendre le sol, ce qu’est la matière organique, la roche et les interactions du vivant qui font du prétendu royaume des morts un univers plein de vie.

Le sol, c’est 50 à 75 % des cellules vivantes de notre planète ! Saviez-vous que dans une cuillère à café de terre, il y a plus de bactéries et de champignons que d’humains sur Terre ?

Pour qui n’a jamais planté une salade et ignore en quoi l’azote est bon pour le sol, tout est clairement expliqué de façon simple. Par exemple, si vous ne savez pas pourquoi il est meilleur d’arroser son jardin avec de l’eau de pluie plutôt qu’avec de l’eau pompée de la nappe phréatique : cette eau qui a déjà voyagé dans le sol ramène des minéraux, dont du sodium qui salinise le sol. Les minéraux concentrés l’assèchent, se cristallisent et l’empoisonnent. Le tout expliqué grâce à un graphisme « au centre de la terre » avec maints éboulements et coulées de boue.

En lisant Sous terre, vous comprendrez la nécessité de la matière organique pour la vie du sol, le rôle des vers de terre, des cailloux, de l’argile. Les dernières planches soulignent cette nécessité d’éduquer les gens à la terre. Les candidats malheureux au poste d’Hadès surgissent et prennent la place des greluches de télé réalité, de participants à des jeux télé, de chanteurs à succès, de journaux en continu (tous ces gens inutiles qui nous évitent de réfléchir à ce qui est vraiment important pour nous). Ils expliquent au spectateurs comment fonctionne un sol vivant. La pédagogie est essentielle pour comprendre les enjeux de la terre et cette bande dessinée en fait partie.

Elle propose au final des solutions, bien connues de ceux qui cultivent sur sol vivant : permaculture, agroforesterie, paillage, rotation des cultures, biodiversité… c’est bien simple, on dirait mon potager ! Prendre soin du sol est essentiel d’un point de vue écologique mais aussi d’une certaine manière égoïste : si on sabote la terre, elle ne donnera rien. La nourrir et la protéger sont gages de récoltes abondantes.

J’ai beaucoup pensé à un film de Richard Fleitcher, inspiré d’Asimov, Le Voyage fantastique. Il permettait au spectateur de voyager à l’intérieur du corps humain. Ainsi, l’exploration du milieu est aventure mais aussi source de connaissances. Le graphisme de Mathieu Burniat cible sans doute un public jeune mais sans restriction d’âge car la très grande majorité des gens ignorent la plupart des informations fournies et détaillées dans cette bande dessinée.

Il faut ensuite ne pas en rester là et retourner acheter ses légumes au supermarché… Il faut, comme Tom, vaincre sa peur de la terre (et peut être aussi son mal de dos) pour profiter des richesses qu’elle a encore à offrir.

Je doute qu’une bande dessinée convertisse beaucoup de lecteurs à la terre mais elle permettra sans doute à certains de s’initier de façon ludique au savoir scientifique de base sur le sujet. Et sans passer par un cours de SVT. Le conseiller scientifique de Mathieu Burniat est Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, auteur de L’Origine du monde et grand spécialiste qui permet à cette bande dessinée de vulgarisation scientifique de toucher un large public. Il faut bien sûr avoir envie d’apprendre…

 

Sous terre

Mathieu Burniat
Dargaud, 2021
ISBN : 978-2-205-08825-0 – 173 pages – 21,50 €

 

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25 responses to “Sous terre de Mathieu Burniat”

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