
Nous ne connaîtrons pas le nom de la narratrice de Mon mari de Maud Ventura, pas plus que celui de son mari. Par contre, on en apprend beaucoup, vraiment beaucoup sur elle et sur lui puisqu’il est l’unique objet de ses pensées. Elle travaille à mi-temps en tant que professeur d’anglais et fait des traductions pour une maison d’édition. Elle a deux enfants qu’elle n’aime pas particulièrement et une maison en pierre, plutôt belle et confortable mais qui ne rivalise pas avec le loft de Nicolas et Louise…
La narratrice est mariée depuis quinze ans et reste amoureuse comme au premier jour. Rien n’entrave sa passion : elle est et se veut amoureuse.
Au début, cette volonté farouche d’affirmer sa passion sonne de façon étrange. On craint pour le mari car sa douce semble vraiment avoir une case en moins. Elle ne cesse de l’observer, d’analyser le moindre de ses gestes, ce qu’il fait, ce qu’il dit, ce qu’il ne fait pas et ne dit pas. Elle interprète tout selon sa propre grille de perception, légèrement biaisée…
Je sais que c’est idiot, mais plus mon mari fait des courses importantes, plus j’ai l’impression qu’il m’aime. C’est comme s’il investissait dans notre couple. Comme le primeur qui pèse les petits sachets en papier, je peux quantifier son amour chaque dimanche à son retour du marché grâce au montant du ticket de caisse abandonné au fond du cabas.
Ce soir, il ne lui a pas tenu la main sur le canapé. Hier, il a remarqué sa nouvelle robe. Au restaurant, il a commandé des lasagnes (ça, c’est vraiment très surprenant!). Elle s’agace d’un rien, interprète tout. Pourquoi, quand il doit la comparer à un fruit au cours d’un jeu entre amis, choisit-il la clémentine ? C’est indigne d’elle ! Pourquoi ce fruit et pas plutôt la cerise ? Elle va ruminer son mécontentement pendant des pages.
Plus ça va, et plus elle débloque. C’est une obsessionnelle qui tient des listes, espionne son mari, enregistre leurs conversations pour les réécouter, lui cache ses affaires et bien pire encore. Est-ce vraiment ça, aimer ? Bizarre, cette femme est vraiment bizarre…
Par ailleurs, elle désire ardemment se conformer aux standards de l’épouse modèle, au moins en apparence. C’est d’autant plus difficile qu’en épousant son mari elle a grimpé un échelon social et doit avoir l’air d’une bourgeoise qu’elle n’est pas. Elle n’a ni la classe, ni les codes et pas l’intelligence de s’en foutre. Heureusement, elle a de l’argent. Alors elle achète afin de passer pour ce qu’elle n’est pas. Ainsi en apparence, elle est parfaite : belle, bien maquillée, bien habillée, à la disposition de son mari. Bref, une chose. Rien n’est naturel chez elle, tout est calculé
Plus on avance dans la lecture de Mon mari, moins c’est drôle car on présent le drame. Et aussi parce que ça tourne un peu en rond quand même, cette obsession. Est-ce qu’on va lui passer la camisole au final ? Va-t-elle zigouiller ses enfants pour vivre le pur amour seule avec son mari ? Et d’abord, qui c’est ce type ? Si ça se trouve, il n’existe pas…
Le lecteur se pose donc pas mal de questions sur cette narratrice et son mari. La fin est inattendue, elle m’a surprise et m’a plu. Elle explique, par une pirouette, la dépendance affective. Donc malgré quelques longueurs, qui traduisent l’obsession, Mon mari de Maud Ventura est un bon premier roman, drôle, intrigant, original.
Maud Ventura sur Tête de lecture
Mon mari
Maud Ventura
L’Iconoclaste, 2021
ISBN : 978-2-37880-241-7 – 355 pages – 19 €
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