
En ouvrant Sur les roses de Luc Blanvillain, on pousse la porte d’une petite bibliothèque de province tenue par Simon Crubel. Sympathique, peu porté sur l’effort, il évolue au milieu de quelques habitués qui sont ce qui se rapproche le plus d’amis. Ils savent à peu près tout de lui, au moins l’essentiel : Simon est amoureux d’Adèle, mère célibataire d’Antoine, dix ans.
La narration se focalise tour à tour sur les différents membres de la petite communauté. Odile, efficace bénévole à la bibliothèque, épouse de Christian. Tous deux sont sexagénaires mais s’aiment comme au premier jour. Leurs deux grands enfants, Pierre et Sylvie, s’intéressent plus aux meubles dont ils hériteront un jour qu’à leurs parents. Michel, lecteur érudit fan du fonds ancien, qui fut jadis Hippolyte, le cousin de Casimir. Luc Blanvillain l’appelle Albéric, mais pour moi, le cousin de Casimir, c’est Hippolyte (« Je m’appelle Hippolyte le gentil, je rends service aux grands, aux petits…»). Et Joëlle, lectrice compulsive qui donne son avis sur les livres.
Et bien sûr, il y a Adèle, que Simon suit dans la rue, non sans avoir abandonné son poste. Comment lui dire son amour ? En fait, il n’a pas besoin de le lui dire, elle a bien compris. Mais il ne l’intéresse pas. Car elle ne pense qu’à Charles, son ex. A tel point qu’elle suit une thérapie avec un psy depuis qu’elle l’a mis dehors deux ans auparavant pour infidélité.
Antoine, son fils, est un petit futé. Un sage même. Car pour un gamin de dix ans, il a un regard extrêmement aiguisé sur le monde.
Sur les roses se présente comme une comédie qui tourne autour d’un sympathique loser qu’on aime dès les premières lignes. C’est typiquement le jeune homme auquel rien ne réussit. Il ne pousse jamais son avantage et reste sans cesse au bord de la vie. Il n’a rien pour faire rêver une jeune mère célibataire, prof de français qui s’échine comme les autres à faire entrer la littérature dans des cerveaux récalcitrants.
Tous les personnages sont liés entre eux grâce à Simon. Mais aussi grâce à une série policière qu’ils regardent : les enquête du commissaire Jonasson. Une fiction qui rassemble dans une même passion des individus très différents. Comme Simon, Jonasson est leur trait d’union, celui qui les relie.
Luc Blanvillain pose sur ses personnages un regard tendre et distant tandis qu’ils se débattent avec le sentiment amoureux et l’amitié. Le roman est tissé de portraits doux amers et bienveillants de gens que sans doute, on a déjà rencontrés. On sourit beaucoup, notamment pour ma part au portrait de Joëlle, blogueuse, peint à coups de formules toutes faites qu’on croise si souvent sur les blogs :
Joëlle – pilier historique de la bibliothèque – désirait être happée dès les premières lignes, lire la suite en apnée puis que le récit fût une claque et ne la laissât pas indemne.
En une phrase, quatre poncifs : chapeau !
J’ai été pendant sept ans bibliothécaire entourée de bénévoles dans une bibliothèque rurale. J’ai retrouvé l’ambiance de ce lieu hors du temps tel qu’il va, indispensable et endormi. On lit Sur les roses avec légèreté, le sourire aux lèvres malgré la tristesse et le deuil qui pointent leurs nez. Classer ce roman en Feel Good Book n’est certainement pas approprié éditorialement et littérairement parlant. Mais c’est à mes yeux un livre qui fait du bien, grâce à son ton mais aussi son style minutieux et précis. Jeux de mots, allitérations, références littéraires : tout est bon pour donner du peps à cette comédie provinciale dont le rythme ne faiblit jamais et qui détourne tous les poncifs, y compris sur les roses et l’amour.
Vous pouvez donc sans hésitation craquer pour ce bibliothécaire amoureux transi d’une maman prof. Vous ne sombrerez pas dans la niaiserie qu’un tel sujet tend aux scribouillards.
Luc Blanvillain sur Tête de lecture
Sur les roses
Luc Blanvillain
Quidam, 2024
ISBN : 97-2-37491-370-4 – 279 pages – 20 €
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