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Deux lignes narratives se partagent La plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg. D’un côté un homme dans un train de marchandises en partance avec ses jumeaux et sa femme pour Auschwitz (non nommé). De l’autre, un pauvre bûcheron et une pauvre bûcheronne qui vivent au fond d’une forêt, sans enfant.
L’homme comprend que sa famille se dirige vers la mort. Alors que le train ralentit, il s’empare de l’un de ses bébés qu’il parvient à faire passer par la fenêtre du wagon et à déposer dans la neige, emmailloté dans son châle de prières. La pauvre bûcheronne le trouve et l’emporte. Le bébé, une fille, est pour elle la plus précieuse des marchandises.
Elle va élever ce bébé dans la misère et l’amour. Pendant que son père, devenu coiffeur d’Auschwitz survit à la mort de sa femme et de son fils. Il cherchera sa fille après la libération des camps. Elle a dû fuir devant la haine des villageois qui veulent plus que jamais détruire tous les « sans-coeur », la race maudite.
Jean-Claude Grumberg, par ailleurs dramaturge, choisit de raconter ici la Shoah sous la forme d’un conte. C’est un beau texte mais bien moins touchant et sensible que de nombreux autres que j’ai lus sur le sujet. Jean-Claude Grumberg a perdu son père et son grand-père durant le génocide, il a déjà écrit sur le sujet. Je ne sais pas pourquoi il a choisi la forme du conte pour adulte. Mais pour ma part, je trouve qu’elle éloigne le lecteur du sort des personnages. Ils sont des archétypes, pas des personnes. Avez-vous déjà pleuré pour le Petit Poucet ? Tremblé pour le Petit Chaperon rouge ? Il leur arrive pourtant des choses horribles… Mais ils sont désincarnés. La forme du conte est trop brève et codifiée pour qu’ils suscitent l’émotion. En tout cas en ce qui me concerne.
Je ne renie évidemment pas la gravité du sujet mais je pense que cette forme narrative ne lui convient pas. Parce que ce conte ne raconte pas l’universelle humanité, comme tous les contes, mais la Shoah. Sans doute de jeunes lecteurs le liront. On espère que pendant très longtemps encore, ils sauront quelle Histoire il raconte. Mais en comprendront-ils les détails, si essentiels ? Sauront-ils par exemple que les « camarades » collègues du pauvre bûcheron sont des Polonais toujours aussi antisémites, plus encore qu’avant, qui appellent de leurs vœux la destruction totale des Juifs ? Que sauront-ils des survivants à travers le point de vue du père ? Bien peu de choses.
Ce conte soulève un grand nombre de questions psychologiques et philosophiques qui restent sans réponse.
La plus précieuse des marchandises. Un conte
Jean-Claude Grumberg
Seuil (La librairie du XXIe siècle), 2019
ISBN : 978-2-02-141419-6 – 109 pages – 12 €
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