De femme et d’acier de Cécile Chabaud

Sans doute ne connaissez-vous pas Nicole Girard Mangin. Sans doute est-ce pour vous la faire connaître que Cécile Chabaud a choisi de lui consacrer une biographie romancée. Elle semble s’intéresser aux femmes oubliées de l’Histoire puisqu’elle a déjà écrit une biographie de Rachilde, homme de lettres comme chacun sait. Nicole Girard Mangin elle, était médecin, et même la seule femme médecin sur le front de la Première Guerre mondiale. On trouve dans De femme et d’acier tout ce qu’on s’attend à trouver sur le parcours d’une femme d’exception.

Nicole commence des études de médecine, ce qui n’est pas commun au début du XXe siècle. Elle doit donc supporter les remarques et même le mépris de ces messieurs qui pour être carabins ou médecins n’en sont pas moins bornés (au mieux).

Tel est le destin de la féministe : se faire sa place et partant, se faire détester. La femme ne pouvait se contenter d’être femme si elle voulait qu’on la considérât. C’était ainsi depuis la nuit des temps et le siècle qui s’annonçait, porteur de progrès scientifiques indéniables, restait sur ce point préhistorique.

Avant d’être diplômée, elle tombe follement amoureuse d’un homme qui l’aime aussi : un mariage d’amour, qu’elle chance ! Nicole se marie, devient mère et s’ennuie. Le quotidien se délite jusqu’au divorce pour infidélité. Voilà qui n’est encore pas commun à l’époque. Devenue médecin, elle se consacre aux maladies infectieuses. Quand la guerre est déclarée, elle s’engage à la faveur d’une erreur d’orthographe : le docteur Gérard Mangin est affecté à l’hôpital militaire de Bourbonne-les-Bains. D’abord assimilée à une infirmière, elle va devoir s’imposer en tant que femme dans ce milieu exclusivement masculin. Elle dirige ensuite l’école d’infirmières Edith Cavell, une infirmière britannique, exécutée par les Allemands en 1915 pour avoir permis l’évasion de centaines de soldats alliés de Belgique.

Ainsi De femme et d’acier permet à Cécile Chabaud d’évoquer d’autres femmes qui à l’époque ont oeuvré dans le milieu médical ou social et dont on ne se souvient guère aujourd’hui, en dehors de Marie Curie : Madeleine Pelletier, première femme française diplômée en psychiatrie ; Marie Diémer, pionnière de l’action sociale et fondatrice des Guides de France ; Renée Loppin de Montmort, fondatrice d’oeuvres sociales et infirmière ; Suzanne Noël, docteur en médecine, pionnière de la chirurgie esthétique.

Beaucoup de femmes, féministes déclarées ou pas, qui doivent s’imposer dans un monde d’hommes qui ne les envisagent en général que comme mère ou maîtresse. Tant qu’ils ne sont pas aux premières loges, ils n’ont pas idée de ce qu’une femme accomplit au front.

Il ne savait pas ce qu’était le quotidien des infirmières. Peut-être avait-il fait une courte visite sous l’œil d’une caméra. Peut-être avait-il fait l’effort de ne pas se montrer incommodé par les odeurs de gangrène et de sang caillé. Peut-être. Quelques heures. Mais si l’on n’avait pas connu les clameurs d’effroi des hommes qui se mouraient, si l’on n’avait pas trempé ses mains dans les viscères de ses soldats pour les aider à rester vivants, si l’on ignorait la terreur persistante qui prenait l’estomac à chaque miaulement d’obus, à chaque détonation, alors on ne savait rien. C’était une admiration de fantoche. Et on devait se taire.

Ce quotidien, Cécile Chaubaud nous le donne à voir, au plus près des combats, des douleurs et des peines.

J’ai une réserve cependant quant au style. Cécile Chabaud choisit cette fois de donner la parole à son héroïne. Je trouve que le style trop écrit pour une première personne du singulier. Quand je lis les lignes suivantes, je ne peux pas croire qu’il s’agit des pensées spontanées de Nicole :

La Seine, grossie par une crue inattendue, bouillonnait comme une vivante Charybde. Le ciel clair et nacré de l’hiver ne parvenait pas à se mirer dans ces eaux gonflées d’ombre. Devant la menace du fleuve intumescent, des groupes d’hommes sur les berges recouvraient le charbon de bâches.

J’apprécie l’écriture poétique mais je ne la trouve pas adaptée pour rendre compte des pensées de ce personnage. Elle manque de naturel et crée même une distance entre le personnage et le lecteur.

Une question aussi me taraude (et je vais devoir dévoiler la façon dont meurt Nicole Girard Mangin pour l’exprimer). Atteinte d’une tumeur maligne, le docteur Girard Mangin décide de se donner la mort. Cécile Chabaud précise que la presse choisit de taire l’overdose médicamenteuse. Mais est-elle avérée ? Le cas échéant, elle signifie que cette femme médecin refuse de se soigner, de devenir patiente à son tour. Elle refuse l’aide de la médecine qu’elle-même apporte à ses patients. C’est étrange…

Cécile Chabaud sur Tête de lecture

 

De femme et d’acier

Cécile Chabaud
L’Archipel, 2024
ISBN : 978-2-3590-5400-2 – 226 pages – 20 €

 

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30 réponses à « De femme et d’acier de Cécile Chabaud »

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