On lit sur le site ActuaLitté les résultats d’une enquête cherchant à établir le podium des villes françaises les plus littéraires. Quelle ne fut pas ma surprise en constatant que la Bretagne classait 4 villes parmi les 15 plus littéraires de France (1) et que Lannion, la « grande ville » à 8 kilomètres de chez moi, se classait 12! Vous n’avez probablement jamais mis les pieds à Lannion, Côtes d’Armor, qui n’est pas la plus jolie ville de Bretagne. Alors Lannion, 12e ville la plus littéraire de France ?! Allons voir ça de plus près…

Villes littéraires

Le classement s’établit sur la base du nombre de librairies par habitant. On y lit qu’il y a à Lannion 1 librairie pour 2 272 habitants. Soit 9 librairies pour les 20 451 habitants.

Voici celles que j’ai identifiées :

  • La librairie Gwalarn est l’institution locale ;
  • La librairie Le Griffon d’or, spécialisée en littératures de l’Imaginaire a ouvert en avril 2024 ;
  • La librairie Manga no Umi est spécialisée en bandes dessinées ;
  • Deux librairies d’occasion : Histoire de lire, place du Général Leclerc et Le Bouquiniste, ouvert depuis décembre 2022, rue Jean Savidan ;
  • Une librairie France Loisirs.

Ces six librairies se trouvent à moins de 400 mètres les unes des autres, en centre ville. On y ajoute l’espace culturel Leclerc, excentré.

Si quelqu’un sait où sont situées les deux autres, je suis curieuse de le savoir.

Comme vous, je m’interroge sur la pertinence du critère : le nombre de librairies est-il LE critère pour estimer le caractère littéraire d’une ville ?

La vie littéraire d’une ville, d’une région, ce sont aussi ses festivals dédiés au livre. Fin septembre, a lieu le festival du livre de Lannion ; en février, un salon du livre jeunesse. Non loin : au printemps, un festival BD à Perros-Guirec (12 km) et début juillet, le festival du livre et de la lecture de Trégastel (13 km).

Mais le fournisseur principal de livres et de lecture est bien sûr la médiathèque municipale. La bibliothèque de Lannion donc, pas celle de la communauté de communes. C’est pour cela que les habitants des villages alentours, qui font partie de la même communauté de communes, doivent payer 40 € par an d’abonnement (20 € tarif réduit). Je n’ai jamais entendu parler d’un pareil tarif… Bien sûr, c’est à peine le prix de deux livres neufs en grand format. Mais à l’heure où les politiques culturelles du livre visent à la gratuité des bibliothèques, c’est une aberration.

Pour ce prix, on a droit à un magnifique bâtiment, ancien couvent du XVIIe siècle puis hôpital Sainte-Anne. C’est une réhabilitation très réussie. Mais, mais, mais… le fonds ne correspond que rarement à mes envies de lecture. Des étagères loin d’être pleines et de fréquents désherbages ne contribuent pas à étoffer un catalogue littéraire plutôt mince. Je vous en donne un exemple.

Pour participer au challenge de rentrée littéraire à l’Est orienté vers la littérature balte, j’ai fait de nombreuses recherches pour trouver au moins un titre. Bilan étique : deux romans estoniens L’Homme qui savait la langue des serpents d’Andrus Kivirähk (déjà lu) et L’énigme de Saint-Olav, premier tome des enquêtes de Melchior l’apothicaire d’Indrek Hargla dont j’ai lu le tome 4. Aucun roman lituanien, aucun roman letton. J’aurais eu plus de chance bien sûr avec des auteurs italiens, espagnols et même polonais pour rester à l’Est. Mais n’est-ce pas le rôle des bibliothèques de proposer des auteurs plus confidentiels, moins connus ? D’ouvrir nos horizons littéraires ? Il est malheureusement fréquent que mes recherches n’aboutissent pas. À noter cependant des rayons imaginaire et policier bien fournis.

La bibliothèque de Lannion propose un club des lecteurs, tous les deux mois. Je ne peux rien en dire pour l’instant puisque je n’y suis allée qu’une fois, en juin dernier. Mais je compte y retourner prochainement.

Je trouve que la ville manque de lieux plus informels pour se retrouver et parler livres et lectures. Des endroits moins impressionnants qu’une médiathèque (lieu culturel par excellence) ou qu’une librairie (où on se sent plus ou moins obligé d’acheter). Des coins où s’étriper à propos de mauvais livres que certains trouvent excellents (et vice versa)… des blogs en présentiel, en quelque sorte ! S’ils existent, je ne les connais pas.

Ce classement des villes les plus littéraires de France fait donc son petit effet, comme prévu sans doute, en mettant en avant des plus ou moins petites villes de province. Il ne doit pas laisser penser qu’à Aix-les-Bains, Cahors et Bayonne, les trois villes qui arrivent en tête, l’offre littéraire est plus pléthorique qu’à Paris, Lyon ou Marseille. Potentiellement, l’offre littéraire est la même partout puisque tout libraire peut commander n’importe quel livre. Le problème culturel de la province est bien plus criant en ce qui concerne le théâtre, l’opéra, les concerts et tous les arts vivants en général.

Sept librairies dans une ville de 20 000 habitants, c’est bien mais ce sont des commerces avant tout. Les rencontres et manifestations qu’elles organisent participent plus sûrement à reconnaître à la ville le statut de ville littéraire. Tout comme celles de la bibliothèque et des associations liées au livre et à la lecture.

C’est grâce au dynamisme de toutes ces structures qu’une ville peut être qualifiée de littéraire. Alors j’espère qu’un jour, constater que Lannion se trouve au 12e rang des villes les plus littéraires de France ne m’étonnera plus…


(1) Les 15 premières villes du classement : 1- Aix-les-Bains 2- Cahors 3- Bayonne 4- Paris 5- Sens 6- Millau 7- Vichy 8- Rochefort 9- Saint-Malo 10- Arles 11- Concarneau 12- Lannion 13- Saintes 14- Beaune 15- Fougères





43 responses to “Qu’est-ce qu’une ville littéraire ?”

  1. Nathalie
  2. philippedesterb599461a21
  3. Brigitte
  4. bulledemanouec671473c7
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