
J’ai audiolu Le silence de Yrsa Sigurdardottir sans savoir que ce roman était le sixième tome d’une série, ce qui n’est absolument pas gênant pour l’intrigue ni même le contexte général, celui d’un commissariat de Reykjavik. La brigade que l’on suit est dirigée par Erla, très enceinte, très agressive et très bosseuse.
Son équipe doit travailler sur un corps retrouvé découpé en morceaux dans le coffre d’une voiture mal garée. Cette enquête en rejoint une bien plus ancienne : onze ans plus tôt, Mia, le bébé d’un couple d’homosexuels né grâce à une mère porteuse, a été enlevé dans son berceau. On ne l’a jamais retrouvé, pas plus que le kidnappeur.
La police pense tenir une piste avec un homme dont la fille vient de mourir de la rougeole. Lui et sa femme sont inconsolables et il se pourrait qu’il ait cherché à se venger de celui ou celle qui a infecté sa fille. En tout cas, il cherche tous les enfants non vaccinés.
On a donc : un bébé disparu il y a dix ans, un père vengeur et un corps découpé en morceaux.
Si Erla ne se ménage pas, ce sont surtout l’inspecteur Huldar et la psychologue Freyja qui mènent l’enquête. Ils sont amants occasionnellement mais elle ne veut pas que ça se sache au commissariat. Car elle est nouvelle dans l’équipe et pense que l’annonce de cette relation pourrait nuire à son intégration et à son sérieux professionnel.
Je serai bien incapable de raconter tous les rebondissements de cette enquête car elle en compte de nombreux à un rythme qui n’a rien d’islandais. La difficulté majeure n’est pas de les suivre mais bien sûr de se repérer dans la jungle des noms, d’autant plus que j’ai audiolu ce roman, ce qui n’aide vraiment pas. L’intrigue est assez complexe car les destins des uns et des autres s’entremêlent jusqu’à un final très poignant. Il est beaucoup question de Gestation Pour Autrui, interdite en Islande comme en France, mais contournable.
Le silence de Yrsa Sigurdardottir tourne beaucoup autour de la maternité et du désir d’enfant, qu’il soit masculin ou féminin. Plusieurs couples dans le roman ont perdu leur enfant. La douleur et le chagrin provoquent des réactions terribles aux conséquences parfois dramatiques.
Une note d’humour adoucit la noirceur du roman grâce à la chef Erla que Huldar imagine sans cesse sur le point d’accoucher. Elle ne veut rien dire ni du père ni de la date de l’accouchement. Elle veut juste éclaircir l’affaire et jurer comme un charretier.
Ce livre est lu par Slimane Yefsah dont je suis devenue fan dès les premiers mots. Sa lecture est sensible, sa voix modulée selon les personnages et leurs états d’esprit. Cerise sur le gâteau : il n’a aucun problème pour articuler les noms propres islandais.
Le silence
Yrsa Sigurdardottir traduite de l’islandais par Catherine et Véronique Mercy
Actes Sud, 2024
ISBN : 978-2-330-19449-9 – 385 pages – 23 €
Þögn, parution originale : 2019
Laisser un commentaire