Partager la publication « La désinvolture est une bien belle chose de Philippe Jaenada »

Il y a trois semaines encore, j’étais innocente : j’achetais en toute confiance La désinvolture est une bien belle chose de Philippe Jaenada, sachant (pensant…) que j’allais passer quelques bienheureuses heures de lecture. J’ai attendu une moindre charge de travail pour me livrer pleinement à ce bonheur tant attendu. Mais voilà, rien ne s’est passé comme prévu.
Dans ce livre, il est question principalement (l’adverbe est important) d’une jeune femme de vingt ans, ex-mannequin chez Dior, qui se jette par la fenêtre de son hôtel un jour de novembre 1953. Elle s’appelait Jacqueline Harispe, Kaki de son petit nom. On ne sait rien ou si peu de cette femme que ce suicide intrigue Jaenada qui se met à chercher des renseignements sur elle, sitôt son livre précédent terminé. Jusque là, la méthode ressemble à celle des précédents ouvrages de l’auteur. Sauf que…
Jacqueline fait partie d’un groupe de jeunes gens qui fréquentent un café parisien de Saint-Germain-des-Prés, celui-là même que Modiano décrit dans Dans le café de la jeunesse perdue. On les appelle « les Moineaux », du nom du café. Ils sont jeunes, voire très jeunes, et ne font absolument rien dans la vie si ce n’est boire, s’amuser, se droguer et coucher ensemble. Très peu se hisseront hors de ce marasme, dont Guy Debord, chef de file des situationnistes.
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L’histoire de Jacqueline est le fil rouge du livre. MAIS, il est aussi question de tous les autres jeunes qui fréquentent le café et le quartier en même temps qu’elle. Et c’est là, me semble-t-il, que le bât blesse.
Jaenada souhaite brosser le portrait d’une génération perdue, celle de ceux qui étaient enfants durant la Seconde Guerre mondiale. Il s’intéresse donc à tous les jeunes gens ayant de près ou de loin fréquenté la jeune suicidée. Et ils sont très nombreux. Certains ne sont que de vagues connaissances, d’autres des amis mais tous sont traités avec le même soin scrupuleux : tout ce que Jaenada a pu trouver les concernant, il l’écrit. Tous ne sont pas également intéressants et surtout, on s’y perd.
Comme à son habitude, Jaenada tisse ses recherches d’anecdotes autobiographiques (si elles ne le sont pas, c’est très bien imité). Je me suis dit que cet aspect-là du texte rattraperait l’autre, quelque peu ennuyeux. Que nenni. Philippe Jaenada a décidé de faire le tour de France par les bords (de mer) en commençant par Dunkerque. L’écrivain va donc en voiture d’hôtel en hôtel. Il ne visite rien sauf un nombre incalculable de troquets, dans toutes les villes. Il les décrit minutieusement, en rapporte les conversations des clients dont, pour ma part, je me fiche éperdument. Et surtout, je ne fréquente pas les cafés car je n’aime pas ces lieux. Lire les radotages d’un ivrogne, fût-il un écrivain génial, ne m’intéresse pas. Alors imaginez mon ennui ! Il n’était qu’au Conquet que je n’en pouvais déjà plus…
Je l’ai quand même accompagné jusque La Grande Motte. Mais là, il me faut bien l’écrire à présent, je l’ai abandonné. J’ai abandonné la lecture d’un roman de Philippe Jaenada ! A la page 265. Je n’imaginais même pas possible d’écrire ça un jour sur ce blog. Quelle tristesse… Je ne saurai donc pas pourquoi Jacqueline Harispe s’est jetée par la fenêtre à vingt ans. En fait, ça m’est égal…
La désinvolture est une bien belle chose
Philippe Jaenada
Mialet Barrault, 2024
ISBN : 978-2-0804-2729-8 – 486 pages – 22 €
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