Éden de Audur Ava Olafsdottir

Alba est une linguiste spécialisée dans les langues minoritaires. Elle a récemment postulé à un poste de chercheuse pour lequel elle est sans doute la plus qualifiée de son pays, l’Islande. Elle parcourt le monde de colloques en conférences pour échanger sur la liste des langues menacées, les différences entre langue et dialecte ou la place du verbe en breton au XVIIe siècle. Sa tête est peuplée de mots qui dansent entre syntaxe et archaïsmes. Un mot en évoque un autre dont elle se plaît à éprouver la plasticité. Elle est enseignante à Reykjavik mais aussi relectrice pour deux maisons d’édition qui publient du polar et de la poésie.

Alors que depuis un hublot elle contemple la rocailleuse terre d’Islande, elle se demande si elle ne devrait pas saisir une bêche, enfiler les bottes maternelles et se mettre au potager. Elle s’interroge : combien d’arbres devrait-elle planter pour compenser ses voyages en avion. Réponse : 5 600. Elle visite puis achète une masure sur un terrain de 22 hectares. Alba la citadine passe dès lors de plus en plus de temps sur son terrain, fait rénover la maison. Et plante des arbres, essentiellement des bouleaux qui dans cinq ans mesureront tout juste un mètre.

Bientôt, elle donne des cours d’alphabétisation à des réfugiés installés dans le village. Elle s’occupe en particulier de Danyel, un adolescent qui a du mal à s’intégrer et qu’elle prend sous son aile. Elle sympathise avec le chargé de la Croix-Rouge locale qui tient une boutique. C’est grâce à lui qu’elle comprend que les habitants en savent beaucoup sur elle et que les nouvelles circulent très vite. Par exemple, ils savent tous qu’elle a été la maîtresse d’un de ses étudiants qui sort un recueil de poèmes dont elle est le sujet principal.

Commençons par ce que j’ai apprécié : découvrir l’Islande, son rugueux climat, ses vents et sa végétation. Quand il neige à la mi-mai, difficile de faire pousser des tomates… Quant aux arbres fruitiers, on peut seulement en rêver. Audur Ava Olafsdottir évoque les efforts de son héroïne pour planter bien plus de 5 600 arbres et pour s’enraciner dans cette terre ingrate, sujette aux inondations, aux gels tardifs, aux coulées de boue dévastatrices. Petit à petit, elle construit son éden.

Mais voilà, tout cela n’est qu’évoqué, et encore. On ne sait pas pourquoi Alba soudainement se met à planter frénétiquement : qu’est-ce qui la motive ? On n’est jamais dans les pensées de cette femme, on ne sait rien de ce qu’elle ressent, jamais. Ses relations avec son ancien amant, avec sa mère décédée subitement, son ressenti face aux habitants, à son voisin ? Rien. Tout est extrêmement factuel la concernant, sauf quand il s’agit de mots. Elle les décrit avec un luxe de détails qui doit réjouir les Islandais mais il faut bien avouer qu’on n’en retient rien.

Si je m’enthousiasme à l’idée d’enracinement, de rapprochement avec la nature et d’efforts stimulants pour tirer quelque chose de la terre, je reste plus que mitigée face au style de cette romancière. Je n’ai ressenti aucune empathie pour son héroïne malgré nos points communs et l’ai trouvée très superficielle, faute de pouvoir la comprendre. Plante-t-elle par conviction écologique ? Que pense-t-elle de l’industriel qui veut acheter sa rivière pour exporter des glaçons d’eau pure ? Souffre-t-elle de voir sa vie intime exposée dans les poèmes de son ancien amant ? On ne saura pas : cette femme est de marbre.

Et comme il ne se passe pas grand-chose dans ce roman, on est content qu’il ne soit pas trop épais.

 

Éden

Audur Ava Olafsdottir traduite de l’islandais par Eric Boury
Zulma, 2023
ISBN : 979-10-387-0228-8 – 240 pages – 21,50 €

Eden, parution originale : 2022

 

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