
L’écrivain Pascal Dessaint, qui est aussi marcheur et ornithologue amateur, entend parler d’une femme sauvage qui depuis plus d’une décennie vit seule dans les Cévennes, loin de la civilisation. Intrigué par cette femme, attiré par cette région qu’il ne connaît pas (la Corniche des Cévennes), il décide d’y aller marcher pour en savoir plus.
Il ne sait pas grand-chose quand débute son périple, guère plus quand il s’achève. L’écrivain dessine avant tout dans ce texte les contours d’un portrait mais aussi des paysages. Il rend également compte de ses rêveries et observations de marcheur attentif. Il imagine ce que nécessite, d’un point de vue pratique, un tel retour à la vie sauvage. Attraper un lapin, le dépiauter, le vider… Il ne s’agit donc pas d’une scrupuleuse recherche à la Philippe Jaenada ou d’une enquête journalistique comme celle de Florence Aubenas. Pour ma part, je préfère la démarche de Pascal Dessaint qui à l’inverse de la journaliste ne va pas interroger les habitants, les voisins et même la famille.
Une femme sauvage est plutôt une réflexion, parfois inquiète, sur cette disparition. Encore que le mot ne convienne pas : la jeune femme n’a pas disparu, c’est ce que comprend rapidement Pascal Dessaint. Elle est toujours là, elle rôde, un peu comme un loup. Elle s’approche des maisons, des potagers, y pénètre parfois au prix de quelques effractions. Les gens du coin le savent, ils supportent, l’aident même en lui laissant à manger.
Pascal Dessaint ne cherche pas les raisons du départ. L’écrivain marcheur ne retrace pas ses conditions de vie. Il ne la traque pas non plus, n’essaie pas de la rencontrer. Il s’imprègne de son rêve : ce pas de côté à l’écart de la société, qui n’en a jamais eu envie ? Quand la vie est accablante, on peut partir plutôt que mourir. La tentation de se recroqueviller sur soi-même est grande quand on souffre trop. Pascal Dessaint évoque le suicide de son frère et la mort de membres de sa famille très proche en peu de temps : la tentation du vide est grande. Mais c’est une tentation en négatif, partir pour échapper au malheur.
Voilà quinze ans que cette femme vit dans la forêt, qu’elle vole et squatte (des gîtes, des résidences secondaires) et certains en ont assez. On soupçonne un problème psychiatrique. Le jeu a peut-être assez duré aux yeux de certains. Pourtant, la région a vu passer plus d’une originale. Elle a été terre de hippies et avant ça, terre de résistance. Serait-il de plus en plus difficile de supporter (au sens de tolérer et de soutenir) ceux et celles qui ont choisi de vivre autrement ?
Le texte de Pascal Dessaint nous invite à réfléchir sur la radicalité de certains choix tout en questionnant notre capacité à vivre dans la nature, si peu sauvage aujourd’hui et pourtant encore hostile quand il s’agit de s’y retirer.
Pascal Dessaint sur Tête de lecture
Une femme sauvage
Pascal Dessaint
Salamandre, 2024
ISBN : 978-2-88958-557-1 – 118 pages – 19 €
Laisser un commentaire