
De neige et de vent il est beaucoup question dans le dernier roman de Sébastien Vidal. Au point qu’un village des Alpes, qu’on espère fictif, se retrouve totalement isolé alors qu’une avalanche a détruit le pont d’accès. Plus d’électricité, plus de communication : le huis clos est total.
C’est dans cet enfer neigeux que le garde champêtre découvre le corps d’une jeune fille de 17 ans. Pas n’importe quelle jeune fille : la fille du maire. Le père est dévasté par la perte de sa fille unique et chérie. Il jure de se venger, et ça ne va pas être long car il connaît l’assassin : l’étranger qui a traversé le village le jour même.
Cet étranger, c’est Victor. Il marche avec son chien depuis longtemps. Il n’avait pas prévu de s’arrêter à Tordinona, pensant rallier l’Italie mais la tempête l’oblige à y trouver refuge. Au café, on lui conseille de se rendre à la ferme des « hippies », entendez des néo-ruraux qui depuis trois ans qu’ils font des fromages sont toujours méprisés par les locaux. Là vivent trois couples qui l’accueillent généreusement. Il passe une bonne nuit, la dernière avant longtemps.
Car le village est en ébullition depuis l’annonce de l’assassinat. Le maire, aussi principal employeur local, a décrété que l’étranger était le coupable et qu’il fallait s’en occuper entre gens du village. On va donc chercher son fusil de chasse et on s’apprête à faire justice.
Heureusement pour Victor, deux gendarmes sont eux aussi coincés au village. Ça va être leur heure de gloire : Nadia et Marcus vont se retrancher et défendre Victor contre la vindicte populaire, du genre de celle qui a longtemps régné dans le sud des Etats-Unis.
Sébastien Vidal choisit de jouer avec les grosses ficelles : soit on marche, soit on ne marche pas. Exemples : les villageois sont très très bas du front, il n’y a pas un connard pour rattraper l’autre ; les néo-ruraux (dont un couple de lesbiennes pour faire bonne mesure) sont très sympathiques et tentent de s’opposer de façon non-violente ; les deux gendarmes sont tous deux hantés par leur passé…
Heureusement, de nombreuses touches originales sortent De neige et de vent de l’ornière du roman noir à deux balles. Victor est un beau personnage, qui aime plus son chien que les gens, on ne saurait lui donner tort surtout après ce qui lui arrive à Tordinona. Il voyage léger mais emporte un carnet pour écrire et un livre de Richard Wagamesse : Les étoiles s’éteignent à l’aube. Lui-même est d’ascendance indienne et sa mère a quitté l’Amérique pour finir sa vie en Bretagne, dans le village de Tredrez Locquémeau, limitrophe du mien. C’est tout de même incroyable… je ne sais pas si l’auteur connaît ce charmant village littoral où s’il l’a pointé au hasard sur une carte.
Victor n’est pas le seul lecteur. Marcus lit Balzac mais aussi les aventures d’un certain shérif du Wyoming. L’écriture de Sébastien Vidal n’est d’ailleurs pas sans évoquer le nature writing cher à Craig Johnson. Elle est souvent poétique, parfois trop pour moi qui suis allergique aux élans bucoliques de la prose.
On a donc d’un côté des villageois consanguins et décérébrés par l’autorité du maire auquel ils obéissent sans sourciller. De l’autre, des gendarmes héroïques qui n’hésitent pas à exposer leur vie pour sauver celle d’un étranger. Quelques passages sur l’engagement et le sacrifice m’ont alertée et renseignements pris, Sébastien Vidal est bien un ancien gendarme.
On lit en se demandant quel écrivain il est : du genre à tout finir dans un bain de sang, pas d’espoir ou bien du genre à ménager une porte de sortie aux gentils malgré une situation cataclysmique. Va-t-il sacrifier le chien ? À vous de le découvrir si vous aimez le roman noir sur neige.
Sébastien Vidal sur Tête de lecture
De neige et de vent
Sébastien Vidal
Le Mot et le Reste, 2024
ISBN : 9782384313211 – 248 pages – 21 €
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