Par la force des arbres d'Edouard Cortès

Par la force des arbres est le récit a posteriori d’une retraite dans une cabane perchée en forêt. Edouard Cortès raconte pourquoi il a eu besoin de se couper du monde et comment s’est passé son séjour dans les arbres.

Marié et père de trois jeunes enfants, Edouard Cortès a tenté « l’aventure paysanne » en devenant éleveur de moutons pendant sept ans. Mais bientôt, trop de dettes, trop de paperasse, trop de fâcheries et de fatigue. A la suite d’un burn out, il vend sa ferme et son troupeau. Tout va alors très vite.

En quelques minutes, les bétaillères ont englouti les brebis que j’avais guidées, soignées, agnelées, biberonnées, protégées. Une lassitude s’était installée. Je n’avais pour ma vie et celle des autres, pour le monde, plus aucun goût. J’étais moi-même un berger devenu brebis égarée.

Il a des pulsions suicidaires mais il décide de « vivre sobrement hors réseaux, demeurer et non recourir au dépaysement du voyage, tenir un journal ». Ce n’est pas ce journal brut que nous lisons mais une réécriture.

Le plus intéressant est ce qu’il raconte de son métier de berger et de son échec professionnel.

Quelle folie donquichotesque que le destin de berger ! La vie d’un éleveur français est un archaïsme aussi burlesque que notre chevalier errant à l’heure où les hypermarchés déversent des flots d’agneaux du marché mondialisé, à l’heure où le consommateur ne connaît plus le labeur ni le coût réel de la côtelette qui tombe toute cuite dans son assiette. De la fourche à la fourchette, du grain au pain, du pâturage au laitage, nos liens sont rompus.

Il décide alors de se construire une cabane dans les bois non loin de chez lui (10 kilomètres). Sa démarche est proche de celle de Henry David Thorerau qui lui non plus ne s’est pas isolé très loin de chez lui et qui recevait des amis. Edouard Cortès reçoit sa femme et ses enfants chaque dimanche.

Après la construction, l’aventure immobile commence le 21 mars 2019 et durera trois mois. Perchée dans un arbre, sa cabane vitrée lui permet d’observer la forêt. Il décrit donc les oiseaux, les fourmis, le vent et les arbres. Il réfléchit au monde tel qu’il va et se recentre sur l’essentiel.

Aimantés par les loisirs, les écrans, les achats, nous sommes de pauvres papillons, proies faciles des lumières artificielles. Le monde actuel est un magicien qui détourne nos sens pour nous couper de l’essentiel.

Rien de bien nouveau mais il faut faire, je crois, le constat soi-même pour en être intimement convaincu et commencer à changer les choses.

Le problème avec Par la force des arbres n’est pas là. C’est le récit d’une expérience de vie originale et radicale qui aurait pu être plaisante si Edouard Cortès ne truffait pas son récit de références et de… d’une sorte de poésie qui n’est vraiment pas la mienne.

Edouard Cortès cite des auteurs classiques comme Lamartine, Rostand, Camus, Hugo ou La Fontaine mais aussi Houellebecq. Un peu de citations, pourquoi pas, beaucoup, ça commence à devenir suspect. Il n’est d’ailleurs jamais question de Calvino dont le célèbre baron perché s’est lui aussi réfugié dans les arbres.

Par ailleurs, il appelle (parfois) sa cabane sa thébaïde, la forêt est souvent la sylve avec canopée et fragrances. Bref, c’est comme si Edouard Cortès cherchait à montrer qu’il a des lettres. Mais ce placage ne fait que renforcer un problème plus dommageable encore : l’auteur ne se contente pas de faire le compte rendu de son expérience, il tente la littérature, la poésie plus exactement. Le texte est farci de jeux de mots très lourds, d’images rebattues et de lyrisme caricatural. De grands mots et des phrases choc qui manquent terriblement de subtilité et de naturel. Edouard Cortès se donne une place d’observateur philosophe qui dessert la sincérité de l’expérience vécue.

Les plaies d’un homme sont un encrier d’où sortent les lignes d’une vie. Parfois les mots jaillissent, comme des poings, par le sang et la sève.

En hiver, la forêt se bat ; au printemps la forêt met bat.

Évidemment on ne voit bien qu’avec le coeur, mais comment retrouver le goût des choses invisibles ?

Si le récit de cet homme déçu par son expérience d’éleveur et en général pas la société actuelle est intéressant, il aurait mérité d’être beaucoup moins travaillé.

 

Par la force des arbres

Edouard Cortès
Equateurs, 2020
ISBN : 978-2-84990-805-1 – 173 pages – 18 €

 

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18 réponses à « Par la force des arbres d’Edouard Cortès »

  1. keisha41
  2. je lis je blogue
  3. aifelle
  4. luocine

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