Passage de l’Avenir, 1934 d'Alexandre Courban

Après plusieurs déceptions en matière de romans policiers, c’est avec grand espoir que j’ai ouvert Passage de l’Avenir, 1934 d’Alexandre Courban. La IIIe République m’intéresse beaucoup et l’aborder romanesquement par le biais du roman policier, pourquoi pas. J’ai découvert l’existence de ce roman alors que j’écrivais un podcast sur l’affaire Stavisky : je l’ai donc réservé à la bibliothèque. Malheureusement, tout ne s’est pas bien passé.

Le(s) point(s) positif(s) d’abord. La période en ébullition est vivante et détaillée. L’arrière-plan politique n’est pas très explicite mais suffisant je pense pour que celui qui ne le connaît pas en comprenne globalement les enjeux (surtout grâce à la chronologie finale). C’est une époque qui a disparu des livres d’histoire et qu’il faut découvrir en curieux pour la connaître. L’agitation sociale est au premier plan, en particulier dans le milieu ouvrier. Il est question de scandales financiers, de détournements d’argent, de dividendes à verser aux actionnaires, de femmes exploitées (rien ne change).

L’enquête se déroule dans le Paris des travailleurs. Une jeune inconnue d’environ vingt ans est repêchée dans la Seine. On ne sait rien d’elle sinon qu’elle a les doigts abîmés : c’est sans doute une ouvrière. Son sort va-t-il intéresser quelqu’un ? Le commissaire Bornec est hanté par la jeune morte (qu’il rebaptise Daphné). Tout comme Gabriel Funel, journaliste à L’Humanité. Alors ils cherchent à savoir ce qui lui est arrivé. Ils évoluent dans le Paris populaire où se côtoient les anciens combattants, les immigrés maghrébins, les ouvriers qui triment pour un salaire de misère et les Croix de feu, l’extrême droite qui monte qui monte.

Mais, premier problème : l’aspect policier n’est vraiment qu’une toile de fond (ce qui tombe mal pour ma part puisque j’avais envie d’un vrai roman policier). De loin en loin, l’un ou l’autre des enquêteurs revient mollement à l’enquête, mais rien de trépidant. Par conséquent, le lecteur se fiche aussi de savoir qui est la morte. Quant au coupable, eh bien… il y a dans le roman deux vrais méchants dont un salaud de patron… Le « mystère » est au final résolu, parce qu’il le faut bien…

J’ai lu avant de commencer ce roman, une ou deux bonnes chroniques à son propos. Parvenue à la moitié du texte, j’ai commencé à me demander si je n’avais pas rêvé. Après lecture, j’ai lu plusieurs chroniques qui mettent toutes en avant l’aspect historique et l’évidente maîtrise de la période. Soit.

Mais rien, absolument rien sur l’écriture. Et pourtant, mes yeux ont saigné à plusieurs reprises. Au point que certaines phrases sont dénuées de sens. Je vous défie de lire la phrase suivante et de la comprendre du premier coup :

De son côté, Sainton devrait se borner à exécuter ce qu’il savait parfaitement faire : à savoir camionner la marchandise d’un point à un autre, en l’occurrence du garage de la raffinerie à l’adresse indiquée dans la lettre à en-tête d’une maison de vins de champagne qu’il avait brûlée après en avoir pris une dernière fois connaissance la veille.

On butte sur de nombreuses erreurs de syntaxe ou de grammaire :

Un cortège de plusieurs centaines de personnes parcourut la rue Nationale. Ils tentèrent de gagner le boulevard de la Gare…

Et encore :

Et se tournant vers Amar en lui tendant la main, il se présenta comme Funel de L’Huma. Ce dernier lui serra timidement la main et lui indiqua simplement son prénom.

« Ce dernier » renvoyant à Funel, le passage est incompréhensible, sauf un effort de bonne volonté du lecteur pour pallier les fautes de syntaxe. D’ailleurs dans ce même passage, Funel et Amar arrivent chez une certaine Marie pour déjeuner. Avant leur arrivée, on la voit cuisinant. Puis elle s’installe à table avec ses invités arrivés l’un après l’autre. Ils mangent, discutent, Amar raconte son parcours. Puis on lit soudain : « Joseph profita de l’instant pour sortir fumer une cigarette » : c’est qui celui-là ???

En dehors du Paris populaire, le reste est peu soigné. Les personnages fictifs sont esquissés (quand ils ne sont pas fantomatiques!), les personnages historiques peu contextualisés et la langue plus que maltraitée. Pour ma part, je ne peux pas lire avec plaisir un roman ainsi écrit. Comment les lecteurs qui l’ont apprécié, et même beaucoup pour certains, peuvent-ils en faire abstraction ?

 

Passage de l’Avenir, 1934

Alexandre Courban
Agullo, 2024
ISBN : 978-2-38246-105-1 – 208 pages – 19,90 €

 

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33 réponses à « Passage de l’Avenir, 1934 d’Alexandre Courban »

  1. Patrice
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