Moi, Josée Laval d’Yves Pourcher

Josée Laval est la fille aujourd’hui oubliée de Pierre Laval, plusieurs fois ministre et président du Conseil durant l’entre-deux-guerres et le régime de Vichy. Elle a pourtant été une des femmes les plus célèbres de son époque, admiratrice invétérée de son père. Sans jamais remettre en cause sa politique collaborationniste, elle l’a aimé et soutenu puis n’a eu de cesse de réhabiliter sa mémoire.

Durant de longues années, du 1er janvier 1936 (25 ans) au 9 janvier 1992 (81 ans) elle tient des carnets (Kirby puis Hermès) dans lesquels elle inscrit ses moindres faits et gestes. C’est grâce à ces carnets que l’historien Yves Pourcher, qui les a recopiés, écrit Moi, Josée Laval, fausse autobiographie (mais à peine) qui nous permet de la suivre au quotidien, y compris durant l’Occupation.

C’est vomitif mais très instructif. Alors que les Allemands s’installent, que les Juifs sont déportés et que la Gestapo torture, Josée Laval, devenue par mariage comtesse de Chambrun, court de grands restaurants en dîners à l’ambassade d’Allemagne. Elle est amie avec l’occupant et tout le gratin de la collaboration dont Arletty et son amant allemand, dont elle est très proche. Elle ne veut pas voir le malheur autour d’elle et se fait volontairement sourde à toute demande d’aide. Ce qu’elle veut c’est aider et soutenir son père, cet homme qui déclare souhaiter la victoire de l’Allemagne. Elle est donc entourée d’une vaste cour de flatteurs et quémandeurs qui espèrent toucher son père à travers elle.

Grâce à son argent, ses relations et bien sûr sa germanophilie, elle passe les années d’Occupation dans une constante frivolité bien à l’abri derrière les hautes sphères du pouvoir. Coiffeurs, masseurs, essayages, hippodromes, grands couturiers sont son quotidien. Elle se cache quand même à la Libération mais ne risque pas grand-chose.

Sa personnalité détestable est intéressante pour comprendre comment tant de gens peuvent s’accommoder des horreurs qu’ils ne voient pas. Et comment grâce à l’argent et à leur position sociale, ils peuvent continuer à vivre comme avant. S’ils ne voient pas c’est qu’ils ne veulent pas voir. Josée Laval déclare ne plus vouloir écouter ceux qui lui demandent son aide.

Les signes du mécontentement et de la colère se multipliaient partout. Autour de moi, personne n’osait poser de questions. Quelques-uns pourtant esquissaient des gestes. Des pas s’aventuraient, des mains se tendaient, des regards étaient lancés. Ils étaient tous perdus, tremblants et paniqués. Ils voulaient s’approcher, m’aborder et me parler. Mais je tournais la tête, j’accélérais ma marche, je les ignorais ou je les faisais taire. L’après-midi ou le soir, chez moi, je rangeais des lettres dans lesquelles certains hurlaient des au secours et, le plus souvent, je les déchirais ou je les brûlais.

Elle ne veut se consacrer qu’à la vie mondaine et à son père adoré. Et dans ses carnets, rien en juillet 1942 sur la rafle du Vel d’Hiv’ à Paris où tout le monde en parle. Rien sur le fait que papa refuse que les enfants soient épargnés… Si elle pleure, c’est pour son chien que les pillards du château de son père à Châteldon emmènent, les salauds…

Moi, Josée Laval est donc un témoignage de quasi première main sur la vie des collaborationnistes de l’Occupation. On y lit les tractations politiques au plus haut niveau comme les derniers potins mondains. Et le nom de nombreuses célébrités qui comme elle ont traversé l’Occupation avec plaisir : Arletty, Sacha Guitry, Paul Morand, Coco Chanel…

Cette autobiographie romancée n’a malheureusement reçu que très peu d’échos à sa sortie en 2015 dans les médias. Un tel désintérêt est peu compréhensible tant ce témoignage est unique et important. En 2024 sort, aux éditions du Cerf cette fois, Les carnets retrouvés de Josée Laval. Yves Pourcher ayant mis la main sur les agendas couvrant les années 1964 à 1969 qui avaient disparu.

Pour rafraîchir votre mémoire historique : Le fantôme de Philippe Pétain – Episode 7 : l’ami Laval de Philippe Collin.

 

Moi, Josée Laval

Yves Pourcher
Le Cherche Midi, 2015
ISBN : 978-2-7491-4440-5 – 195 pages – 16,50 €

 

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