Antoine, un fils aimant de Sandrine Cohen

Antoine, un fils aimant débute sur les chapeaux de roues. La standardiste de la police reçoit l’appel d’un gamin qui affirme qu’il vient de tuer son père. Il faut venir tout de suite. La scène que découvrent les agents envoyés sur place est terrible. Le père gît dans son sang dans la cuisine, car il a été tué à bout portant par son fusil de chasse. Antoine, le fils de la victime, s’accuse et affirme qu’il pensait que l’arme n’était pas chargée. Sur les lieux du crime se trouvent aussi Cybèle, la mère d’Antoine et Melissa, sa petite sœur de six ans. Tout le monde affirme qu’Antoine a tué son père par accident.

Mais le juge Isaac Delcourt a des doutes. Il fait appel à Clélia Rivoire, enquêtrice de personnalité, pour dresser le portrait psychologique d’Antoine. Pourtant il la prévient : pas de vagues, cette fois… Il ne faut pas longtemps à Clélia pour trouver le gamin bizarre, peut-être manipulateur. Il semble sournois. Pendant tout le roman de Sandrine Cohen, c’est elle que suit le lecteur et c’est un personnage très excessif.

Clélia est une écorchée vive. Ses méthodes et son attitude sont loin de plaire à tout le monde, y compris dans la police. Mais le juge Delcourt la protège, veille sur elle même. Ils ont un passé en commun dont on ne saura rien dans ce tome (il y en a un précédent). Clélia est vulgaire, asociale, roule trop vite à moto et se tape tous les mecs dont elle a envie, y compris dans la rue. C’est une femme provocante qui bien sûr, cache ses failles par ce trop plein d’arrogance et de provocation. J’ai l’impression de l’avoir souvent lue…

Clélia est clairement de ces personnages que je n’apprécie pas. Elle en fait beaucoup trop à mon goût. Qu’elle soit une femme ne change rien : ces personnages toujours en ébullition me lassent rapidement car ils tombent dans la répétition des attitudes, la caricature des comportements. Ici, les chapelets de « Putain, fait chier » ont failli avoir raison de ma lecture.

Cependant, je suis allée au bout de cet Antoine, un fils aimant. Car Sandrine Cohen mène bien sa barque et son roman avance plus subtilement que son enquêtrice de personnalité. Elle décortique la cellule familiale jusqu’au dévoilement de tous les secrets. C’est minutieux dans le traitement, immersif grâce au style et désolant voire révoltant dans ses conclusions.

SPOILERS

Je ne dévoilerai pas la toute fin mais pour au moins évoquer les thèmes abordés, il me faut divulgâcher un peu. Au coeur du roman se trouve la maltraitance et au coeur du propos, l’origine de la violence. D’ailleurs, Clélia se demande sans cesse qu’elle est l’origine de la violence. L’enfant battu sera-t-il un père ou une mère maltraitant.e ? Passera-t-il sa vie à se soumettre ? Cherchera-t-il inconsciemment à reproduire cette violence ? C’est ce qui me gêne dans ce roman : il cherche à démontrer quelque chose. C’est un roman à thèse et en ça je le trouve démonstratif. Au thème de la maltraitance s’ajoutent ceux du racisme et de l’homosexualité : ça fait beaucoup de combats…

FIN DES SPOILERS

J’ai quand même apprécié ma lecture car j’ai attendu dans l’angoisse le jugement final et j’ai trouvé certaines scènes vraiment très émouvantes. Clélia est un personnage parfois surfaite dans ses comportements mais authentique dans ses sentiments. Malgré les coups reçus et ses peurs (elle a été violée, son violeur vient de sortir de prison), c’est une idéaliste : elle voudrait que la justice soit juste… Mais Antoine, fils aimant démontre que la justice française n’est pas à la hauteur, que pour certains avocats ou magistrats, une cour d’assises est avant tout une scène et un procès un match qu’il faut gagner.

J’ai donc apprécié la minutie de l’enquête psychologique de Clélia. On suit son cheminement intellectuel et on partage ses doutes. Chaque étape de l’affaire, depuis l’appel téléphonique jusqu’au jugement, est détaillée. Cette précision nous fait entrer dans les méandres de l’affaire et dans la complexité d’un métier, enquêtrice de personnalité, qui sonde les suspects dans les détails de leur vie familiale, sociale et psychologique.

 

Antoine, un fils aimant

Sandrine Cohen
Belfond, 2025
ISBN : 978-2714404671 – 384 pages – 20 €

 

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33 réponses à « Antoine, un fils aimant de Sandrine Cohen »

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