Cézembre d'Hélène Gestern

Yann de Kerambrun, héros narrateur de Cézembre d’Hélène Gestern, est enseignant en histoire à la Sorbonne. Le nom et le statut en imposent. Pourtant, en pleine procédure de divorce, Yann est fatigué. Il part faire une pause, juste quelques semaines pense-t-il, dans la maison familiale de Saint-Malo, les Couërons. Bâtie par son arrière-grand-père Octave de Kerambrun sur la chaussée du Sillon, c’est une demeure qu’il connaît bien pour y avoir passé de nombreuses vacances. Hors saison, il y sera tranquille pour enfin écrire son traité sur la piraterie. Mais c’est à l’histoire familiale qu’il va se consacrer, une histoire liée à l’île de Cézembre qui fait face à la cité corsaire.

La maison désormais déserte lui rappelle des souvenirs, en particulier avec son frère jumeau Guillaume décédé dans un accident de moto. Il s’interroge beaucoup sur Charles, leur père toujours si sévère. Il faut dire que Yann l’a déçu en ne reprenant pas l’entreprise familiale. Dans la bibliothèque, il découvre des photos ainsi que des dossiers. Notamment le livre de raison de l’arrière-grand-père Octave, fondateur en 1903 d’une compagnie maritime fabriquant des moteurs de bateaux. Son commerce prospérant, il s’associe avec deux hommes : Ambroise de Sainte-Croix, avocat et homme politique haut en couleur et Augustus Minchinton, habitant Jersey.

Octave semble être un homme droit dans ses bottes qui joue de malchance avec ses deux associés. Il épouse Julia, une femme très belle mais rapidement maladive. Ils ont plusieurs enfants. La première, Suzanne, meurt au berceau ce qui ébranle durablement la santé mentale de sa mère qui ne peut plus dès lors s’attacher à ses enfants suivants, tous des garçons. Le dernier, Juste, est le grand-père de Yann le narrateur. Il semble qu’il y ait eu un problème avec celui-là. Et même avec Julia qui faisait de très fréquents séjours dans le Nord pour soigner ses nerfs.

Charles va de mystère en mystère surtout en découvrant que Sainte-Croix, l’associé, a disparu sans laisser d’adresse quelques semaines avant la Première Guerre mondiale. Personne ne sait ce qu’il est devenu. Charles voudrait bien le découvrir, plus de cent ans après… Alors on le suit à la trace et on s’accroche à ses progrès. Pour qui aime les recherches familiales et les vieux papiers, c’est passionnant.

Intéressant aussi, tout ce qu’on apprend sur l’île de Cézembre qui donne son nom à ce roman. Elle a longtemps abrité un monastère mais elle a beaucoup souffert pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment durant les bombardements de la Libération car elle était occupée par des Allemands. Cette petite île a été plus bombardée que Dresde…

On suit donc Yann de Kerambrun dans sa lente recherche familiale qui n’est cependant jamais ennuyeuse. Il n’est pas en permanence plongé dans le passé puisqu’il est aussi question de ses relations avec son fils adolescent qui fait lui aussi des choix contraires aux attentes paternelles. Yann s’intéresse par ailleurs à une joggeuse qui retient toute son attention et dont il va tomber amoureux. On est cependant et heureusement très loin d’une romance à l’eau de rose.

Cézembre intéressera donc les amateurs de saga familiale avec mystères séculaires et révélations à travers un récit au rythme des embruns. Parfois par gros temps mais le plus souvent calmement. Il n’en est pas moins prenant et on se surprend à vouloir découvrir ce qui est arrivé à Sainte-Croix, est-il le mort retrouvé sur l’île ? Julia avait-elle un amant et Octave une maîtresse ?

Au-delà du récit familial, il est aussi question de filiation et de l’empreinte laissée en nous par nos ancêtres. Le point de départ de l’enquête de Yann est la froideur de son père qui jamais n’a montré son amour à ses fils. Octave son grand-père semblait pourtant un père aimant. Alors où l’amour des hommes s’est-il perdu ? Comment retrouver cette relation enfouie sous la pudeur ou la colère ?

Passé et présent se mêlent dans une vérité des émotions qui touche le lecteur tout en le tenant en haleine à travers l’enquête de Yann qui est aussi une quête identitaire et familiale.

Hélène Gestern sur Tête de lecture

 

Cézembre

Hélène Gestern
Grasset, 2024
ISBN : 9782246836124 – 560 pages – 24 €

 

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42 réponses à « Cézembre d’Hélène Gestern »

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