Ne courez pas ! Marchez ! de Roman Polanski

Roman Polanski est né à Paris en 1933. C’est un réalisateur franco-polonais dont on connaît les films et deux épisodes de sa vie : l’assassinat de sa femme enceinte pas la secte de Charles Manson et ses démêlés avec la justice américaine à propos de ses relations avec une mineure. Il n’est question de rien de tout ça dans Ne courez pas ! Marchez ! Le vieil homme qu’il est devenu retrace la Seconde Guerre mondiale telle qu’il l’a vécue en Pologne. Il n’est qu’un enfant juif parmi tant d’autres quand elle commence. Mais lui a survécu et beaucoup d’autres pas. Il explique comment. Deux lettres suivent ce texte. Elles sont de Ryszard Polanski, le père de Roman. Il les lui a écrites à sa demande en 1973 pour lui expliquer comment lui aussi a survécu, notamment à Mauthausen.

En 1936, les parents de Roman Polanski décident de quitter la France pour rentrer en Pologne, à Cracovie. Leur fils Roman (qu’ils voulaient appeler Raymond, à la française) n’a que six ans quand la guerre commence, par la Pologne justement. Le père estime que Varsovie est l’endroit le plus sûr. Mauvais choix. L’enfant subit les bombardements et déjà il a faim et peur. Il rentre à Cracovie et subit les restrictions mises en place par les nazis. Il décrit la construction du ghetto de Cracovie, comment avec ses copains il y entre et en sort facilement. Ses souvenirs sont parfois très précis.

Pour moi, sortir du ghetto était très facile, je sortais même de temps en temps avec des copains, sans que mes parents le sachent…On était très petits.

Un jour, il se retrouve seul. Sa mère a été emmenée depuis longtemps et son père avant d’être emmené lui aussi tente d’assurer la survie de son fils. Mais il n’a déjà plus grand-chose. Il survit chez des gens qui prennent soin de lui, à la campagne. C’est un enfant seul qui a perdu ses parents. Il ne reverra plus jamais sa mère.

La vie quotidienne était extrêmement dure, mais cet aspect ne me gênait pas du tout. L’enfant s’habitue aux conditions de vie et ça ne me rendait pas triste. Un enfant est triste parce qu’il est séparé de ses parents. Et ma souffrance, c’était ça, alors je pensais au moment où on allait être à nouveau réunis, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Même en dormant, je pensais à ça.

Roman Polanski a déjà écrit ses mémoires dans un ouvrage intitulé Roman par Polanski. Comme il l’explique dans la préface, il s’est aussi confronté à ces souvenirs à la demande de la Shoah Foundation de Steven Spielberg. Il ne s’agit pas ici de faire un focus sur son enfance mais de rassembler par écrit ses propos tenus dans des entretiens pour l’Institut National de l’Audiovisuel. Le projet est de filmer des témoignages de survivants. C’est pourquoi le texte est descriptif et dénué de recherche littéraire et de pathos. Mais pas d’émotion, bien sûr.

Polanski explique qu’il aurait plusieurs fois dû mourir mais on l’a aidé. Ainsi un homme qui s’adressant à lui et son ami lui crie : « Ne courez pas ! Marchez ! » au moment de la liquidation du ghetto. Il insiste particulièrement sur son attachement à la Pologne et l’aide apportée par les Polonais. On pense à Oskar Schindler qui a sauvé des Juifs du ghetto de Cracovie et du camp de travaux forcés de Plaszow dont il est question ici. Polanski parle d’antisémitisme folklorique. Pourtant, il déclare que :

Si vous aviez dit à quelqu’un dans Wysoka que Jésus était juif, il vous aurait tué. Pire encore que si vous prétendiez que la Sainte Vierge était juive. C’étaient des notions inacceptables.

C’est assez étonnant, mais il est mieux placé que personne pour en juger. Son témoignage est quoi qu’il en soit précieux pour évoquer la survie des Juifs en Pologne pendant la guerre.

Les deux lettres de son père occupent les deux tiers du livre. La guerre est loin derrière lui quand il écrit et il parvient à faire preuve d’un humour très sarcastique. Il décrit ce que fut sa vie dans les camps de Plaszow puis de Mauthausen. On a déjà lu beaucoup sur les psychopathes qui dirigeaient ces camps mais il est toujours aussi difficile de comprendre. Ryszard Polanski décrit la jouissance qu’ils éprouvent à donner la mort et à voir souffrir. Il explique comment il a échappé à la mort plusieurs fois. Comment aussi il s’est fait escroquer et dépouiller du peu qu’il avait pour donner de l’argent aux Polonais qui s’occupaient de son fils. Le philosémitisme des Polonais n’est tout de même pas gratuit…

Pour être cependant tout à fait juste, un des couples qui a hébergé Roman Polanski a été reconnu Juste parmi les Nations grâce à son témoignage.

Roman Polanski sur Tête de lecture

 

Ne courez pas ! Marchez ! Suivi de Lettres à mon fils de Ryszard Polanski

Flammarion, 2025
ISBN : 978-2-0804-7041-6 – 261 pages – 21 €

 

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21 réponses à « Ne courez pas ! Marchez ! de Roman Polanski »

  1. keisha41
  2. Nathalie

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